mardi 25 avril 2017

Mon avis sur "Charlotte" de David Foenkinos

Charlotte est l'hommage rendu par David Foenkinos à la jeune artiste plasticienne et peintre allemande d'origine juive, Charlotte Salomon. Charlotte, une tragédie familiale qui a reçu le Prix Renaudot et le Goncourt des lycéens en 2014.

Charlotte Salomon est née à Berlin le et morte à Auschwitz le 1943 à vingt-six ans alors qu'elle était enceinte. Charlotte retrace sa vie.
Après une enfance à Berlin marquée par une tragédie familiale, le suicide de sa tante qui se prénommait comme elle, puis celui de sa mère, Charlotte fait l'expérience de la haine et du rejet, de l'humiliation et de la violence. Progressivement, elle est exclue par les nazis de toutes les sphères de la société allemande. Dès lors, Charlotte se réfugie dans la peinture puis dans l'amour. L'Allemagne devenant de plus en plus dangereuse, son père et sa belle-mère l'envoient dans le sud de la France où elle sera, pensent-ils, en sécurité. C'est là qu'elle découvre quel mal agite sa lignée. Exilée, c'est là qu'elle dessine, peint, écrit jusqu'à l’obsession. Elle entreprend la composition d'une œuvre picturale autobiographique d'une modernité fascinante. Se sachant en danger, Charlotte confie ses dessins à son médecin en lui disant : "C'est toute ma vie." Charlotte finira par être livrée aux nazis, elle sera séparée de celui qui partageait sa vie. Déportée elle mourra à Auschwitz.

Charlotte est certes le portrait d'une artiste exceptionnelle au destin tragique, c'est surtout une femme qui semble avoir hanté David Foenkinos.  D'ailleurs, il affirme avoir eu beaucoup de mal à écrire ce roman. J'avoue l'avoir ressenti.
L'auteur était tellement oppressé, qu'il ressentait le besoin d'aller à la ligne à la fin de chaque phrase. 
Aller à la ligne pour respirer. 
Besoin de respirer pour justifier l'écriture de son roman en prose.
En voici une idée ! 

Certes, l'originalité est là, mais il m'a manqué un quelque chose. Je sais que ce roman a été primé, le  Renaudot et le Goncourt des lycéens, ce n'est pas rien, on est bien d'accord. Mais...
Mais cette femme a eu un destin exceptionnel, elle avait un génie hors du commun, j'aurai tant aimé que ce livre soit à la hauteur de cette artiste. 
Je sais que ne suis qu'une lectrice parmi tant d'autres, que je n'ai rien écrit, mais quand on a une telle matière entre les mains et que l'on n'arrive pas à en faire un chef-d’œuvre, je trouve cela dommage. Terriblement dommage !
Quel gâchis, un tel destin pour un roman sans consistance. Au Charlotte de David Foenkinos, je préfère et de loin, lire le roman graphique Vie ? ou théâtre ? retraçant l’œuvre de Charlotte Salomon.

Belle lecture !

lundi 17 avril 2017

Mon avis sur "Dompteur d'anges" de Claire Favan

Je viens de terminer le petit dernier de Claire Favan, Dompteur d'anges. Une fois de plus, l'auteure m'a complètement embarquée dans son univers noir et glaçant. Claire Favan nous emporte tellement que j'en viens à douter... Et si elle n'était pas cette mère de famille lambda qui se contente d'écrire sur son temps libre, si elle était une serial killer, un être machiavélique qui nous manipule à l'instar de ses personnages ?
 
Condamné pour un meurtre qu'il n'a pas commis, Max Ender a été jeté en pâture à ses codétenus par ceux-là mêmes censés assurer l'ordre et la discipline au sein de la prison. Lorsqu'il est enfin reconnu innocent et libéré, ce n'est plus le même homme. Il n'a désormais plus qu'une seule idée en tête : se venger de cette société qu'il hait par-dessus tout. Pour frapper ses bourreaux au coeur, il va enlever leurs enfants et, méthodiquement, au fil des ans, faire de ces petits anges des bêtes féroces avant de les envoyer punir ses tortionnaires à sa place. Tout se déroulera selon ses plans jusqu'à ce qu'une de ses créatures lui échappe et disparaisse dans la nature...
 
Une fois de plus, Claire Favan nous livre un thriller psychologique magistralement maîtrisé. Elle va nous démontrer comment un gentil garçon accusé à tort du meurtre du seul ami qu'il avait, va être confronté à la violence du milieu carcéral. Comment du statut de coupable, il arborera doublement celui de victime. Victime d'une erreur judiciaire puis victime de ses codétenus. Du statut de victime à celui de coupable, il n'y a qu'un pas. Un pas qu'il est possible de franchir indirectement, notamment en mettant en place un plan machiavélique pour se venger de toutes ces injustices subies. Une soif de vengeance qui sera étanchée grâce à des anges, des petits anges qui deviendront démoniaques.
 
Dompteur d'anges ne se lit pas, il se dévore. Il est complètement addictif parce qu'avant tout psychologique. L'auteure parvient même à brouiller nos repères. Loin de tout manichéisme, la frontière entre le bien et le mal fluctue au gré des pages. L'écriture est vive et aussi percutante qu'un uppercut. Les chapitres sont courts, rythmés, le tout est organisé en trois parties bien construites. Tout est réuni pour qu'une fois commencé, il devienne impossible de lâcher Dompteur d'anges. Un conseil, ne résistez pas !
 
Bonne lecture !
 

jeudi 13 avril 2017

Mon avis sur "Le murmure du vent" de Karen Viggers

Si vous aimez la nature, les grands espaces et que l'envie de voyager vous titille, un conseil, jetez-vous sur le dernier roman de Karen Viggers.  Le murmure du vent est du même acabit que le sublime La mémoire des embruns. Ce roman emporte, transporte.

Abby est biologiste et se destine à la recherche. Spécialiste des kangourous, elle doit terminer sa thèse. Pour ce faire, elle arpente seule la vallée des monts Brindabella et passe le plus clair de son temps à observer les marsupiaux et à noter des données destinées à alimenter les statistiques. Les kangourous ne cessent de proliférer, ce qui n'est pas sans conséquence sur l'écosystème surtout avec la sècheresse qui s'éternise. Cette problématique devient une vraie question sociétale. Pour sensibiliser l'opinion, le directeur de thèse d'Abby, un écologiste de renommée internationale, incite cette dernière à accorder une interview à un jeune journaliste en quête d'un article pouvant susciter la polémique.  Tombé sous le charme d'Abby, Cameron va tout faire pour la revoir. Abby n'en a cure. Elle est plus intéressée par Daphne, une vieille dame qui a passé sa jeunesse dans ces montagnes et vient régulièrement se ressourcer dans cette nature si chère à son cœur. Les deux femmes vont se lier d'une sincère amitié qui leur permettra peut-être de se libérer de leur passé pour accueillir sereinement l'avenir.

Je vous préviens de suite, si vous avez aimé La mémoire des embruns, vous allez adorer Le murmure du vent. Et oui, aucun doute, Karen Viggers sait captiver le lecteur. C'est tellement vrai, que l'on se surprend même à manifester un intérêt pour les kangourous. Quand on sait que par chez nous, les marsupiaux ne sautent pas les rues, cela relève de l'exploit ! Il faut bien reconnaître que l'auteure sait mettre en avant la nature, la faune, la flore, sans oublier les éléments. Côté personnages, ils sont toujours aussi bien travaillés. Ils sont attachants parce que vrais et humains. Deux femmes de générations différentes sont placées au cœur de l'histoire. Elles ont en commun la perte d'un être cher. Un fils et un homme pour l'une, une mère pour l'autre. Ensemble, elles tenteront enfin de se libérer du poids du vide que ces proches ont laissé.

Le murmure du vent est un roman à la fois dépaysant, qui nous embarque loin de notre quotidien mais qui nous offre également l'occasion d'en apprendre plus sur les marsupiaux et les Aborigènes d'Australie, ce peuple à la peau noire qui a été chassé de ses terres.

Il me reste à remercier chaleureusement la plateforme NetGalley sans oublier les Editions Les Escales de m'avoir permis de lire en avant-première ce magnifique roman. Merci à vous !

Belle lecture !

jeudi 6 avril 2017

Mon avis sur "Les oubliés du dimanche" de Valérie Perrin

Valérie Perrin est photographe et scénariste, Les oubliés du dimanche est son premier roman. Un roman choral intergénérationnel où l'humanité n'a pas été oubliée...
 
Justine, vingt et un ans, est orpheline de père et de mère. Elle a été élevée avec Jules, son cousin et presque frère par ses grands-parents à la suite du décès accidentel de leurs parents. Justine aime les personnes âgées, ces oubliés du dimanche. Elle est aide-soignante dans une maison de retraite dans un petit village de Bourgogne à Milly. Justine ne compte pas ses heures. Elle a toujours un petit mot gentil pour chacun des résidents, même pour les plus acariâtres. Elle aime prendre soin de ces corps cabossés, dorloter ces anciens, mais ce qu'elle aime par dessus tout, c'est les écouter égrener leurs souvenirs. Justine s'est prise d'affection pour Hélène, cette vieille dame de presque cinq fois son âge, qui a toujours rêvé d’apprendre à lire. Ces deux femmes se parlent, s'écoutent. Hélène raconte sa vie à Justine, son incapacité à apprendre à lire, sa rencontre avec Lucien son grand amour, puis celle avec Simon avant la Guerre, ses joies, ses souffrances, son interminable attente. Justine consigne tout ce que lui confie Hélène dans un carnet. Un carnet bleu tel un passage de témoin entre générations. Ainsi s'étirait la vie aux Hortensias jusqu’à l'arrivée d'un mystérieux « corbeau » qui viendra troubler cette douce quiétude. Une enquête sera ouverte. Cette enquête conduira Justine aux portes d'un terrible secret.
 
Les oubliés du dimanche est un roman choral où s'entremêle trois histoires différentes, toutes riches en personnages. Celle de Justine, d'Hélène et de la famille de Justine. Valérie Perrin signe un pre­mier roman empreint d'humanité, chargé d’émotions et d'une infinie tendresse. Elle aborde avec jus­tesse la vie en milieu rural loin de l'agitation des villes, la solitude des personnes âgées un peu trop vite oubliées de leurs familles alors même qu'elles ont tant à transmettre. Un joli plaidoyer pour nos anciens.

Quant à la plume de Valérie Perrin, elle est simple, fluide. Les oubliés du dimanche se lit facilement, les narrations des différentes époques s'enchaînent aisément. Un roman choral que je verrai bien adapté au cinéma. Après tout, Valérie Perrin a les contacts pour...

Belle lecture !
 

lundi 3 avril 2017

Mon avis sur "Article 353 du code pénal" de Tanguy Viel

Pour son septième roman, Tanguy Viel dissèque la psychologie de l'escroc et de sa proie. Dès le début, on connaît la fin. Ce que l'on ne sait pas, c'est pourquoi un homme sans histoire usé par une vie de labeur en est arrivé à commettre l'irréparable. Un réel polar psychosocial. Un conseil, ne vous jetez pas sur votre code pénal à la recherche de l'ancien article 353, vous ne comprendriez pas pourquoi Tanguy Viel y fait référence. Ouvrez plutôt votre code de procédure pénale, mais pas avant d'avoir lu la dernière page d'Article 353 du code pénal...
 
Martial Kermeur, cinquante ans, père, divorcé, ancien ouvrier spécialisé de l'arsenal, socialiste vient d'être arrêté par la police. Il a jeté à la mer le promoteur immobilier Antoine Lazenec. Au juge devant lequel il a été déféré, il retrace le cours des événements qui l'ont mené là : son divorce, la garde de son fils Erwan, son licenciement et puis surtout, les miroitants projets de Lazenec. Il faut dire que la tentation est grande d'investir toute sa prime de licenciement dans un bel appartement avec vue sur la mer. Encore faut-il qu'il soit construit...
 
Toute la force d'Article 353 du code pénal tient à sa construction. Un huis-clos entre un juge et un présumé coupable de crime, celui d'avoir commis un meurtre en jetant par dessus bord à neuf kilomètres des côtes brestoises un promoteur immobilier. C'est dans le bureau du juge et sans effets de manche, que Martial Kermeur va, avec beaucoup d'humanité et de sincérité, peu à peu dérouler sa vie, raconter sa rencontre avec Lazenec et son cheminement le faisant passer du statut de victime, à celui de coupable.

La force de l'écriture de Tanguy Viel restitue parfaitement la tension entre les deux hommes. L'un est d'une froideur absolue, taiseux, l'oreille dressée, ne cherchant qu'à établir la vérité, ne posant que quelques questions comme pour mieux faire parler l'autre. Cet autre justement, cet homme paumé qui se livre sans filtre avec la sincérité de l'homme juste que la vie n'a pas épargné, cet homme honteux d'avoir cédé à la tentation pour finalement se rendre compte qu'il s'est fait abuser au point de tout perdre, non pas le matériel car Kermeur n'a pas ce genre d'attache, perdre ce qu'il a de plus précieux, son Erwan.

Article 353 du code pénal de Tanguy Viel est un roman magistral et d'une puissance absolue, un roman digne du fabuleux film de  Sidney Lumet, Douze hommes en colère. Un conseil, lisez-le.

Belle lecture !
 

vendredi 31 mars 2017

Mon avis sur "Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n'en as qu'une" de Raphaëlle Giordano

Depuis plusieurs mois, Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n'en as qu'une caracole en tête des ventes. Présenté comme le premier roman de Raphaëlle Giordano, paré d'une couverture un poil désuet qui me faisait penser à Woody Allen, ma curiosité l'a emporté et j'ai voulu savoir si j'avais une ou deux vies.

Au cours d'un déplacement professionnel, Camille est en rase campagne lorsqu'un pneu de sa voiture éclate, la routine quoi. Enfin presque... Cette panne va être l'occasion pour elle de rencontrer un homme pas ordinaire, un routinologue. Oui un docteur de la routine. Jusqu'à ce jour, Camille était heureuse sans plus. Certes, son travail commençait à l'ennuyer, son couple à battre de l'aile et son fiston à lui taper de plus en plus sur les nerfs, mais Camille n'était ni vraiment heureuse, ni vraiment malheureuse. Sans se l'avouer, elle était à un tournant critique de sa vie. Elle ne le sait pas encore, mais cette rencontre s'avérera décisive. 

Si Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n'en as qu'une débute comme un roman, ce livre est loin d'en être un. Il faut savoir que son auteure a surtout écrit des livres sur développement personnel, et c'est bien de cela qu'il s'agit. Un livre-fiction sur la thématique du bien-être, une gentille fable qui peut faire du bien à tous ceux qui sont empêtrés dans leur routine, qui subissent leur vie plus qu'ils ne la vivent, qui sont en quête de bonheur mais qui ne savent pas le cultiver.

Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n'en as qu'une plaira certainement à ceux qui ont besoin d'être coaché pour adopter une attitude positive, il plaira moins à ceux qui aiment la littérature et s'attendent à découvrir un bon roman. Inutile de préciser que j'appartiens à la deuxième catégorie. Quant à la maîtrise de mon mental, je préfère une bonne séance de yoga à la lecture d'un roman qui n'en est pas un. Mais quand comprendrais-je qu'un livre qui caracole en tête des ventes n'est pas synonyme de bonheur ?

Belle lecture !

jeudi 30 mars 2017

Mon avis sur "Mémé" de Philippe Torreton

On connait l'acteur, l'homme engagé, on connait peut-être moins l'écrivain, et pourtant... Le lire est aussi délicieux que de le voir incarner un personnage ou défendre une cause. Avec Mémé, Philippe Torreton rend un hommage tendre et bouleversant à sa grand-mère. Elle lui manquait tellement, qu'il a souhaité lui redonner vie par touches impressionnistes.

Mémé, c'est le portrait amoureusement ciselé par Philippe Torreton de sa grand-mère Denise, une femme de peu de biens mais de beaucoup de cœur, une femme qui a mené une vie simple dans le bocage normand, une vie de labeur rythmée au gré des saisons, une vie loin de tout confort et de tout surplus. Mémé est tel un puzzle, chaque souvenir est un morceau de cette enfance perdue, qui mis bout à bout permet de reconstituer la vie simple de cette femme. Mémé c’est aussi la mémoire d’un enfant attaché à un lieu sans confort mais rempli d’amour, la maison où il passe tous ses week-ends.

Il y a beaucoup de pudeur et de non-dits dans ce récit. Le portrait esquissé par Philippe Torreton de sa Mémé est bouleversant, percutant. Tendresse et dureté se mêlent. Sa Mémé est universelle, elle est semblable à toutes nos grand-mères. L'évocation de ses souvenirs, nous renvoient inévitablement au temps où nous portions des culottes courtes ou des couettes.

Le style de Philippe Torreton est direct, abrupt, ses phrases sont courtes, sans aucune fioriture, pourtant l'émotion est omniprésente. Aucun doute, il sait écrire. On vit pleinement chaque moment dépeint. On ressent les courants d'air qui se glissent sous les portes, on suit du regard les gouttelettes d'humidité ruisselant sur les vitres, l'odeur de la gelée de groseilles nous chatouille les narines... Chaque souvenir est magistralement décrit. Tout est empreint de cet amour incommensurable que Philippe Torreton voue à cette femme. 

Mémé, même si Mémé ça ne se dit plus, est un peu notre madeleine de Proust. Ce récit a beau être court, il est de ceux qui sont inoubliables. A lire et à relire sans modération.

Il me reste à remercier Lecteurs.com et les Éditions J'ai Lu de m'avoir offert ce joli moment de lecture.

Belle lecture !