dimanche 12 novembre 2017

Mon avis sur "Frappe-toi le coeur" d'Amélie Nothomb

Une rentrée littéraire sans Amélie Nothomb n'en serait pas tout à fait une... Cette année, c'est un véritable petit bijou que l'auteure nous propose. Frappe-toi le cœur est un conte acide mais ô combien délicieux qui traite essentiellement de la jalousie entre mère et fille.
 
Dans sa petite ville de province, la jolie Marie, dix-neuf ans, ne prend plaisir qu'à travers le regard des autres, ces autres qui l'envient. Alors, lorsque le plus bel homme dont toutes les filles de la ville raffolent, s'intéresse à elle, Marie l'épousera. De leur union, naitront  trois enfants. Diane, Nicolas et Célia. Marie accueillera différemment ses progénitures et ne les dotera pas du même amour. Diane, l'aînée, un ravissant bébé admiré de tous, en sera totalement dépourvu dès sa naissance. Jalousée par sa propre mère, c'est privée de tout amour maternel qu'elle devra grandir. Son frère, Nicolas, aura la chance de connaître cet amour, quant à Célia sa petite sœur, elle en sera étouffée. Éminemment brillante et consciente du rejet dont elle est victime, Diane dépassera la jalousie maladive de sa mère et ne se consacrera qu'à ses études de médecine. Elle optera pour la filière cardiologie et deviendra l'assistante d'une chercheuse reconnue mais ô combien méprisante. Cette dernière deviendra t-elle cette mère qui lui a tant fait défaut ?

C'est en référence à un vers d'Alfred de Musset "Frappe-toi le cœur, c'est là qu'est le génie" que Diane choisira sa spécialité médicale et qu'Amélie Nothomb désignera son dernier roman. Et de génie, il n'est question que de cela.

En effet, aborder en seulement 182 pages les thématiques de l'amour maternel,  des relations entre femmes en général et des relations mère - fille en particulier, de la jalousie, de l'envie, des rivalités, de la manipulation, du pouvoir et de la violence des relations humaines, le tout à travers le destin d'un seul personnage, si cela ne relève pas du génie, je ne sais pas ce que c'est !

Je vous le dis, Frappe-toi le cœur est un incontournable de la rentrée littéraire 2017. Il est à lire, que dis-je, à dévorer sans modération. D'une justesse absolue, l'écriture d'Amélie Nothomb est concise, précise, percutante. Son style est épuré, dépouillé comme s'il ne fallait surtout pas encombrer le lecteur de détails inutiles et ne pas détourner son attention du sujet dominant, à savoir, l'envie. Vous aurais-je seulement donné envie de lire Frappe-toi le cœur ?

Belle lecture !
 
 

mardi 24 octobre 2017

Mon avis sur "Roland est mort" de Nicolas Robin

N'en déplaise à certains, c'est grâce à Gérard Collard et à La Griffe Noire que j'ai découvert non seulement Nicolas Robin mais également son quatrième roman, Roland est mort. Et bien voilà, Roland s'en est allé. Mireille aurait pu en faire une chanson, mais Nicolas Robin a décidé d'en faire un roman. Mais qui est donc ce Roland, un preux chevalier ? Pas si sûr. 

Roland est mort. Les sapeurs pompiers l'ont retrouvé la tête dans la gamelle du chien. Lorsqu'ils viennent enlever le corps, ils découvrent un caniche dont ils se débarrassent en le confiant au voisin de palier, un homme proche de la quarantaine, au chômage, très seul. Roland est mort depuis une semaine. Son voisin ne le connaissait pas vraiment, mais il aurait dû s'en douter : il n’'entendait plus les chansons de Mireille Mathieu, derrière le mur. Il écope donc du chien puis de l'urne contenant les cendres du défunt. Que faire de ce lourd héritage chargé de poils et de céramique ? Le voisin va tout tenter pour s'en débarrasser, mais en a-t-il vraiment envie ?

Roland est mort est un de ces romans qui se dévore, plus qu'il ne se lit. Il se dévore parce qu'il nous touche. Il nous touche parce que le burlesque du départ n'est que prétexte pour évoquer les oubliés, les laissés pour compte, les invisibles, ceux qui souffrent de cet isolement social, de cette solitude urbaine.

En effet, c'est avec beaucoup d'humanité et de tendresse que Nicolas Robin aborde ce fléau des temps modernes à travers essentiellement deux personnages que tout semble opposer. L'un meurt dans l'ignorance la plus totale et ne manque à personne, l'autre bien qu'en bonne santé, n'est guère plus attendu. Le célibat et le chômage mettraient-ils au ban de notre Société ceux qui en sont frappés ?

A travers des situations cocasses, sous ses airs désinvoltes, son récit intimiste, l'auteur interpelle, il nous incite à ouvrir les yeux, à lutter contre l'indifférence. Le ton de son livre est un poil caustique pour mieux frapper les esprits. L'écriture est fluide, la malice nichée au creux de chaque page. Au final, Roland est mort  est un roman empreint d'une grande sensibilité, sans prétention, mais réussi.

Belle lecture !

mardi 10 octobre 2017

Mon avis sur "Le sympathisant" de Viet Thanh Nguyen

Décidément le Vietnam est à l'honneur en cette rentrée.  Á l'heure où Arte TV a diffusé la superbe fresque documentaire réalisée par Ken Burns et Lynn Novick faisant revivre la guerre du Vietnam et retraçant trente ans de soulèvements et de destructions, les Éditions Belfond publient le premier roman de Viet Thanh Nguyen, Le sympathisant lequel a reçu le prix Edgar-Allan-Poe du meilleur premier roman et le prix Pulitzer de la fiction. Allez, direction le Vietnam des années 1970...

Avril 1975, Saïgon est en plein chaos. À l'abri d'une villa, entre deux whiskies, un Général de l'armée du Sud Vietnam et son Capitaine dressent la liste de ceux à qui ils vont délivrer le plus précieux des sésames : une place dans les derniers avions qui décollent encore de la ville. Mais ce que le Général ignore, c'est que son Capitaine est un agent double au service des communistes. Arrivé en Californie, tandis que le Général et ses compatriotes exilés tentent de recréer un petit bout de Vietnam sous le soleil de L.A., notre homme observe et rend des comptes dans des lettres codées à son meilleur ami resté au pays. Dans ce microcosme où chacun soupçonne l'autre, notre homme lutte pour ne pas dévoiler sa véritable identité, parfois au prix de décisions aux conséquences dramatiques. 

Viet Thanh Nguyen est amérasien. Enfant, il a fui le Vietnam après la chute de Saïgon pour se réfugier aux Etats-Unis. Il a vécu la guerre, l'exil, le déracinement, les camps de réfugiés et le racisme. C'est justement parce qu'il a connu la guerre de l'intérieur et qu'il ne retrouvait pas son histoire dans les films ou les livres qui témoignaient de ce conflit, que Viet Thanh Nguyen a souhaité rétablir certaines vérités et imposé le point de vue des vietnamiens. C'est cette quête qui l'a conduit à écrire Le sympathisant. 
 
Le héros du sympathisant, dit le Capitaine, est lui eurasien. Il est né d'un père français et d'une mère vietnamienne. Tout comme Viet Thanh Nguyen, il est déchiré entre deux cultures. Nulle part, il n'est vraiment chez lui. Où qu'il aille, il est étranger. Alors lorsque le moment venu, il lui faut choisir, il se remémorera ce que sa mère lui disait "Tu n'es pas l'union de deux moitiés mais au contraire, tu as tout en double". Binational, il jouera de sa double culture. Il sera agent double. Envoyé comme espion aux Etats-Unis, il incarnera l'Occident et l'Orient, le capitaliste et communiste, l'humanité et l'inhumanité.
 
Le sympathisant est un roman foisonnant, dense et complexe qui oscille entre confessions, témoignages et œuvre politique. A l'instar du narrateur, il est double, drôle et léger, cynique et caustique. Viet Thanh Nguyen voulait juste écrire un bon roman qui rende hommage au peuple vietnamien. Malgré quelques longueurs, il a plus que rempli son objectif puisqu'il offre à ce peuple meurtri, rien de moins que le Prix Pulitzer.
 
Enfin, tous mes remerciements vont à NetGalley et aux Éditions Belfond qui m'ont permis de lire Le sympathisant alors qu'à cette même période, Arte TV diffusait cette fresque documentaire sur la guerre du Vietnam d'une exceptionnelle qualité. Je ne peux que vous conseiller de doubler cette lecture de cette série et inversement.


Vietnam - Fresque documentaire réalisée par 
Ken Burns et Lynn Novick - Arte TV
 
 
Belle lecture doublée d'une bonne série documentaire !
  

samedi 30 septembre 2017

Mon avis sur "Danser, encore" de Julie de Lestrange

Danser, encore est la suite de Hier encore, c'était l'été, le premier roman de Julie de Lestrange. J'avais aimé ce roman choral intergénérationnel résolument contemporain où enfants, parents et grands-parents cohabitent chacun avec leurs préoccupations, leurs doutes, leurs questionnements. Alors, lorsque Julie de Lestrange m'a proposé de lire en avant-première ce nouvel opus, j'ai tout de suite accepté. Et bien je peux vous l'avouer sans complexe, je ne le regrette absolument pas !  Quel bonheur de retrouver Alexandre, Marco et la bande...
 
Justement, parlons-en d'Alexandre, Marco, Sophie, Anouk et les autres. Ils connaissent une amitié de trente ans et autant d’amour, de blessures, de déceptions et de joies. Désormais adultes, certains  sont mariés, parents ou se cherchent encore. Tous sont confrontés au poids du quotidien et des responsabilités, à l’existence et ses tourments. Ils sont tous pétris de certitudes jusqu'au moment où un évènement les fera vaciller. Viendra alors le nécessaire besoin de respirer, de danser encore et surtout, celui de s’aimer.
Pour ne pas spoiler l'histoire, je ne dévoilerai rien de plus de Danser, encore. Je ne peux dire qu'une chose, qui résume assez bien son ambiance. Dès les premières pages m'est revenu à l'esprit une phrase que j'avais lue et qui ouvre le roman de Grégoire Delacourt, On ne voyait que le bonheur. Cette phrase est celle d'Henri Calet. Elle résume à elle seule l'émotion que j'ai ressentie. Cette phrase c'est "Ne me secouez pas, je suis plein de larmes". Pour autant, pas de méprise, Danser, encore n'est pas larmoyant, il est juste terriblement émouvant.
 
Danser, encore  est empreint d'une grande humanité, d'une belle sensibilité. C'est un hymne à la vie, à l'amour, un rappel à l'essentiel. C'est un réel bonheur de lecture. Il l'est parce que l'on retrouve avec un immense plaisir les personnages auxquels on s'identifie immédiatement. Comme un effet miroir, leurs préoccupations, leurs craintes, leurs peurs, leur angoisse sont les nôtres.  Alex, Marco et les autres sont tous profondément touchants parce qu'éminemment humains avec leurs certitudes, leurs failles et leur faiblesse. Ce n'est que parce que la plume de Julie de Lestrange est d'une justesse et d'une infinie sensibilité que tout n'est que crédibilité. C'est donc à regret que l'on referme ce roman mais avec l'irrépressible envie d'être en vie et de Danser, encore.
 
Je souhaite adresser mes plus sincères remerciements à Julie de Lestrange et à son éditeur, Mazarine, de m'avoir permis de vivre ce flot d'émotions. Une fois n'est pas coutume, je voudrai dire à Julie, avec qui j'ai l'occasion d'échanger parfois sur d'autres réseaux, combien j'apprécie son humanité et son engagement. Danser, encore n'est finalement que le reflet de sa personnalité. Bravo donc Julie et je vous souhaite un beau succès bien mérité. Et à vous autres, un conseil, lisez Danser, encore quand bien même vous n'auriez pas lu Hier encore, c'était l'été, le second se lit indépendamment du premier.
 
Belle lecture et n'oubliez pas de Danser, encore. Let's dance !
 
 
 
 

mardi 26 septembre 2017

Mon avis sur "L'amie prodigieuse - Tome 2 : Le nouveau nom" d'Elena Ferrante

Commencée il y a peu, cette saga à succès ne m'a pas transportée. Certes, le Tome 1 pose les bases, il plante le décor et la psychologie des personnages que l'auteure nous invite à suivre quatre tomes durant, de l'enfance jusqu'à leur soixante-dixième anniversaire. Avec Le nouveau nom, on entre vraiment dans le vif de l'histoire. Allais-je enfin devenir addict ?
 
Le nouveau nom prolonge le parcours de Lila Cerullo et Elena Greco, adolescentes inséparables qui tentent d'échapper à leur destin. Aux études, la brillante Lila préfère se marier à  l'épicier Stefano Carracci, elle deviendra riche et travaillera dans la nouvelle boutique de sa belle-famille.  De son côté, Elena, la narratrice, continue ses études au lycée et est toujours secrètement amoureuse de Nino Sarratore. Puis vient le temps des vacances. Les deux amies partent pour Ischia, où elles retrouvent ce dernier. À la fin de cet été particulièrement torride, le destin des deux amies va basculer. Des ruptures s'annoncent...
 
Le nouveau nom s'ouvre sur une scène particulièrement insoutenable. Être  femme et échapper à sa condition n'est pas chose aisée dans les années soixante, surtout lorsque l'on a des velléités d'indépendance. La société d'alors est très machiste. Les hommes dominent les femmes et n'hésitent pas à imposer par tous moyens leur vision du mariage et du rôle de la gent féminine. Elena Ferrante décrit avec justesse le contexte sociétal dans lequel évolue ses héroïnes et c'est là tout l'intérêt de cet opus. Pour le reste, les relations entre les amies sont évoquées à travers leur vie sentimentale mais également leur rivalité qui ne cesse de s'accroître. Avec le temps, Lila a un tempérament de plus en plus marqué, tandis qu'Elena est de plus en plus effacée, elle accepte tous les coups bas de son amie, même les plus inacceptables. Son manque de personnalité agace, au même titre que l'égoïsme de Lila la rend vraiment antipathique. Mais alors, où se niche l'amitié entre ces deux jeunes femmes ?

Malgré un début prometteur, ce second opus ne m'a pas plus convaincue que le premier. En effet, si j'ai réellement apprécié l'évocation du contexte sociétal de cette partie de l'Italie confrontée à la camorra, je ne peux en dire autant des situations vécues par Lila et Elena. Les nombreuses digressions quant à leurs états d'âme, combinées aux innombrables longueurs auront eu raison de ma patience. C'est donc sans regret que je mets un terme à la lecture de cette saga. Il n'empêche que son succès m'interpelle ? Certes, tous les goûts sont dans la nature,  mais il me semble que cette success-story  tient  essentiellement à  l'anonymat de son auteure. La fascination pour ce phénomène aveuglerait-elle les lecteurs au point qu'ils en oublieraient de jeter une œil critique sur l'histoire qui leur est narrée et sa qualité littéraire ?  Tout ceci demeurera une énigme pour moi. Mais j'ai tant de livres encore à lire que je saurai la dépasser.
 
Belle lecture à tout(te)s !


mardi 12 septembre 2017

Mon avis sur "Toutes les familles heureuses" de Hervé Le Tellier

Le dernier chapitre du roman d'Hervé Le Tellier s'ouvre avec cette citation de Tolstoï extraite d'Anna Karénine "Toutes les familles heureuses se ressemblent ; chaque famille malheureuse l'est à sa façon."  C'est bien connu, la famille peut être une vraie plaie, mais que ferait-on sans elle ? L'auteur l'affirme, il n'a jamais rêvé d'une autre famille, même si de manière confuse, il sentait que quelque chose n'allait pas. Sa famille était très particulière...
 
Hervé Le Tellier déclare n'avoir pas été un enfant malheureux, ni privé, ni battu, ni abusé. Mais très jeune, il a compris que quelque chose n'allait pas, très tôt il a voulu partir, et d'ailleurs très tôt il est parti. Son père, son beau-père sont morts, sa mère est folle. Par conséquent, ils ne liront jamais Toutes les familles heureuses, ce livre qui évoque cette bien étrange famille. L'auteur tire d'abord le portrait de ses proches. Celui du beau-père, du grand-père, de la mère qu'il nomme par son prénom, de sa tante puis du père, Genitor. S'ensuit l'évocation des principales étapes de sa vie qu'il illustre de situations concrètes aussi farfelues que croustillantes. Les pages de  Toutes les familles heureuses se tournent et pas l'ombre d'une once d'amour. De la jalousie, de la folie, ça oui, il y en a, mais de l'amour, pas vraiment. Dans sa famille, l'amour ne va pas de soi.

Toutes les familles heureuses est un roman autobiographique. Parce qu'il ne sera jamais lu des siens, Hervé Le Tellier s'est autorisé à  raconter sa famille sans colère et la décrire sans se plaindre. Il affirme même vouloir en faire rire, sans regrets.

Dès la première phrase, la première page, sa plume acérée et son style narratif nous transporte au cœur de cette cellule familiale si singulière. Il égraine son arbre généalogique, évoque sans aucune complaisance un à un les siens. Le ton est tantôt caustique, tantôt pudique comme pour y mettre de la distance et jeter pudiquement un voile sur ses sentiments. Hervé Le Tellier n'est jamais larmoyant, il est factuel, même lorsqu'il illustre les différentes étapes de sa vie. Pourtant, certaines situations sont psychologiquement insupportables et particulièrement violentes.

Toutes les familles heureuses n'est pas sans rappeler le fabuleux Profession du père de Sorj Chalandon. Ces deux romans évoquent la folie d'un parent que l'enfant subit sans s'en rendre compte. Les deux auteurs se sont autorisés à l'évoquer, à l'écrire qu'une fois la certitude acquise que leurs parents ne pourront jamais voir leur folie défiler entre les pages. J'avais aimé le roman de Sorj Chalandon, j'aime tout autant celui d'Hervé Le Tellier. Un conseil, lisez-le !


Ah la famille, quelle plaie quand même !

Impossible de publier cette dernière chronique en tant qu'explolectrice sans parler de cette famille que j'ai intégré, le temps d'un été, la famille des Explorateurs de la rentrée littéraire 2017. Je renouvelle tous mes sincères remerciements à Lecteurs.com et surtout à Karine Papillaud et Dominique Sudre, vous avez été de vraies mères pour nous ! 

Belle lecture !
 

vendredi 8 septembre 2017

Mon avis sur "Sucre noir" de Miguel Bonnefoy

Encore une jolie découverte faite dans le cadre de l'opération "Explorateurs de la rentrée littéraire" organisée  par Lecteurs.com, que je remercie une nouvelle fois au passage. Pour cette rentrée, Miguel Bonnefoy propose un roman original aux allures de conte philosophique, à moins que Sucre noir ne soit une fable...

La légende d'un trésor disparu vient bouleverser l'existence de la famille Otero qui vit dans un village des Caraïbes. Les explorateurs se succèdent. Ils sont tous à la recherche du butin du capitaine Henry Morgan, dont le navire aurait échoué dans les environs trois cents ans plus tôt. Tous, dont l'ambitieux Severo Bracamonte, vont croiser le chemin de Serena Otero, l'héritière de la plantation de cannes à sucre qui rêve à d'autres horizons. Au fil des ans, tandis que la propriété familiale prospère, et qu'elle distille alors à profusion le meilleur rhum de la région, chacun cherche le trésor qui donnera un sens à sa vie. Mais, sur cette terre sauvage, étouffante, la fatalité aux couleurs tropicales se plaît à détourner les ambitions et les désirs qui les consument.

A travers ce roman aux allures de conte philosophique, Miguel Bonnefoy réinvente la légende de l'un des plus célèbres corsaires pour nous raconter le destin d'hommes et de femmes guidés par la quête de l'amour et contrariés par les caprices de la fortune. Il nous livre aussi, dans une prose somptueuse et délicate inspirée du réalisme magique des écrivains sud-américains, le tableau émouvant et enchanteur d'un pays dont les richesses sont autant de mirages et de maléfices. Quant à l'écriture de Miguel Bonnefoy, elle est ciselée, sucrée. Avec simplicité et sobriété, l'auteur nous offre tout au long de ce conte, un vrai festival de couleurs, d'odeurs et de sensations qu'il est impossible d'ignorer. C'est ivre et envoûté que l'on referme Sucre noir, mais soyez rassurés, la légende du trésor disparu est sauve.

Sucre Noir est à déguster sans modération.

Bonne lecture !