jeudi 15 février 2018

Mon avis sur "L'ordre du jour" d'Eric Vuillard

Avoir entre les mains le dernier prix Goncourt génère forcément une certaine émotion, mais lorsque c'est un être cher qui vous l'a offert, celle-ci est d'autant plus intense. Bienvenue dans l'antichambre de la seconde guerre mondiale.
 
L'ordre du jour s’ouvre cinq années plus tôt, le 20 février 1933. Ce jour-là, ils étaient vingt-quatre, près des arbres morts de la rive, vingt-quatre pardessus noirs, marron ou cognac, vingt-quatre paires d'épaules rembourrées de laine, vingt-quatre costumes trois pièces, et le même nombre de pantalons à pinces avec un large ourlet. Vingt-quatre dirigeants des plus importantes entreprises allemandes (Krupp, Opel, Siemens…) sont reçus par Herman Goering et Adolf Hitler, chancelier depuis un mois. Lors de cette réunion, le Führer tient un discours simple : pour en finir avec le communisme et retrouver la prospérité, il doit remporter les élections législatives du 6 mars. Invités à financer la campagne du parti nazi, les vingt-quatre patrons versent sans sourciller leur généreuse obole. Une banale levée de fonds en somme qui permettra cinq années plus tard, à l'Allemagne nazie d'annexer l'Autriche, le fameux Anschluss.
 
C'est à coup de petites anecdotes, qu'Eric Vuillard nous embarque dans les coulisses de l'Histoire pour donner à voir l'envers du décor. Il épingle avec ironie et cynisme les petites lâchetés des grands hommes qui font et défont l’Histoire.
Le récit est aussi bref qu'incisif, la démonstration implacable. Eric Vuillard ne se limite pas à dénoncer la collusion entre politique et monde économique et financier. En 150 pages, il montre comment « les plus grandes catastrophes s’annoncent souvent à petit pas » et « soulèvent les haillons hideux de l’histoire".

L'ordre du jour est un  récit court mais puissant, intelligemment construit. Il alerte sur la manipulation des uns, la lâcheté des autres qui conduisent insidieusement à l'acceptation d'idées nauséabondes.
L'ordre du jour est à lire pour la plume d'Eric Vuillard et son érudition. Ce récit est clair et éclairant, pour autant, méritait-il le prix Goncourt ? C'est un tout autre débat qui n'est pas à l'ordre du jour et que l'histoire tranchera peut-être un jour...

Belle lecture !
 

vendredi 26 janvier 2018

Rock'n Books, Save The Date !

Parce que Lire c'est Rock !
The Fab's Blog lance la première édition de son Rock’n Books !
Le concept ?
Un café littéraire où l'on parlera littérature, où l'on échangera avec des auteurs de renom et où les dédicaces pleuvront...

Mais pas que...
Et justement, c'est ça qui est Rock !
Après l'échange, Let's Dance !
Le café littéraire sera suivi d'un concert Rock.

Pour cette première édition, j'ai l'immense fierté d'accueillir Henri Loevenbruck, himself ! Henri est l'auteur de l'excellent roman Nous rêvions juste de liberté. Une claque qu'il m'a mise. C'est simple je concluais ma chronique en disant que même atteinte d'Alzheimer, je me souviendrai  encore de Bohem et des Spitfires, c'est dire !
J'aurai également le plaisir d'échanger avec Erwan Larher. Il a écrit Le livre que je ne voulais pas écrire et reçu le prix des Lecteurs du Prix hors concours. Et vous savez quoi ? Ce n'est qu'un début. A mon humble avis, des prix il va encore en rafler ! Autant vous dire que je suis très honorée de sa présence.
Quant à Jean-Luc Bizien, vu le nombre de polars, de romans de science-fiction, de fantasy qu'il a écrit, j'ai plutôt intérêt à être à la hauteur de ses succès. Tout comme je dois l'être avec Mehdi Charef qui a écrit notamment, Le thé au harem d'Archimède et qu'il a adapté au cinéma, c'est que là ça ne rigole plus, on change de catégorie ! Quant aux autres auteurs, pour l'heure, je ne oeux encore rien dévoiler...
 
Et côté Rock ? C'est Harvest Blues Band qui nous fera vibrer sur les riffs Rock and Soul jusqu'au bout de la nuit... Alors, si vous aimez Lire, si vous aimez le Rock, un conseil, venez ! Mais, venez nombreux !
 
Et d'ici là, Belle lecture !
 

vendredi 5 janvier 2018

Mon avis sur "Fief" de David Lopez

Il y a des premiers romans que l'on n’oubliera jamais, des styles nouveaux qui emportent, percutent, des sonorités qui chantent. Fief  le premier roman de David Lopez c'est exactement cela et bien plus encore.
Fief est du domaine de l'indescriptible, de l'inclassable. Quelque part entre la banlieue et la campagne, là où leurs parents avant eux ont grandi, Jonas et ses amis tuent le temps. Ils boxent, fument des joints, jouent aux cartes, font pousser de l’herbe dans le jardin, et quand ils sortent, c’est pour constater ce qui les éloigne des autres. Dans cet univers à cheval entre deux mondes, où tout semble voué à la répétition du même, leur fief, c’est le langage, son usage et son accès, qu’il soit porté par Lahuiss quand il interprète le Candide de Voltaire et explique aux autres comment parler aux filles pour les séduire, par Poto quand il rappe ou invective ses amis, par Ixe et ses sublimes fautes d’orthographe. Ce qui est en jeu, c’est la montée progressive d’une poésie de l’existence dans un monde sans horizon.

Que l'on ne s'y trompe pas, Fief n'est pas un roman sur la banlieue, le penser serait faire injure à son auteur. Tout est bien plus subtil que cela. Fief c'est une plongée dans l’existence d'une bande de jeunes, coincés entre banlieue et campagne, entre isolement et solitude dont le personnage principal est un certain Jonas, un jeune comme tant d'autres qui pratique la boxe et raconte sa vie à travers celle de son entourage. Fief s'ouvre après un combat de boxe que Jonas a perdu et se clôture sur un autre. Pour autant Fief n'est pas l’histoire d’un boxeur qui voudrait échapper à sa condition sociale, pas plus que l'histoire de jeunes délinquants, ils ne le sont pas vraiment d'ailleurs, Fief relève plutôt d'un témoignage d'une certaine jeunesse d'aujourd'hui livrée à elle-même qui n'a pas vraiment de vie, pas vraiment d'avenir, incapable de se projeter. Pour autant, qu'il est beau ce rien, ce vide. D'ailleurs, jamais je n'ai été autant emplie de ce vide.

Le coup de maître de David Lopez tient dans le langage qu'il invente, dans cet amour des mots, sa manière d'écrire, de parsemer ses phrases de poésie et d'empathie. Le tout aurait pu tomber à plat, mais il n'en est rien. Quelle envolée, quel rythme ! Les mots, les expressions swinguent. C'est percutant, jouissif. Il y a du Céline dans son univers. D'ailleurs il en parle de Céline, il en parle à sa manière, mais que c'est bon.

Fief m'a fait l'effet d'un uppercut en plein cœur. David Lopez m'a mise KO avant la fin du troisième round, c'est dommage j'en aurai bien repris un peu. Vous l'aurez compris, je n'ai pas aimé Fief, j'ai juste adoré. Lisez-le, vous comprendrez et je suis certaine que  comme moi, vous aurez la certitude qu'un grand auteur est né.

Belle lecture à tou(te)s !

dimanche 31 décembre 2017

Mon avis sur "Les Flamboyantes" de Robin Wasserman

Les flamboyantes est le dernier roman de Robin Wasserman. Il paraîtra le 17 janvier prochain. Bien que ne connaissant absolument pas cette auteure, c'est en premier lieu l'illustration de la couverture qui était à la une de la plateforme  NetGalley, qui a attiré mon attention. Le résumé a fini par me convaincre. Alors lorsque NetGalley m'a transmis en avant-première ce roman, c'est curieuse et intriguée que je me suis lancée dans cette lecture.
 
Battle Creek, 1991. Hannah Dexter est une jeune fille sage et solitaire, cible des sarcasmes de ses camarades de classe. Jusqu’au jour où le meneur de l’équipe de basket est retrouvé au fond des bois avec une balle dans le crâne et un revolver à la main. Cette tragédie, qui ébranle toute la ville, rapproche Hannah de Lacey, la nouvelle du lycée. Bientôt, Lacey et Hannah se jettent corps et âme dans les méandres d’une amitié exclusive, violente et toxique. Se croyant invulnérables, ces jeunes filles incandescentes, éprises de rébellion, s’enchantent du chaos qu’elles sèment derrière elles. Mais Lacey traîne un lourd secret qui menace de bouleverser leur amitié…

Les flamboyantes est un roman trash qui aborde l'adolescence et plus particulièrement l'amitié entre deux jeunes filles. C'est sur fond de Nirvana  et en référence au suicide de Kurt Cobain que l'auteure évoque le mal-être de ses héroïnes, leur besoin irrépressible de se mettre en danger et de réaliser toutes sortes d'expériences. Bien que l'état d'esprit de ces ados, leur émotions et leur mal de vivre soient parfaitement retranscrits, je dois bien avouer que je n'ai pas été emportée par cette lecture.

En effet, le fait qu'Hannah manque cruellement de personnalité, qu'elle voue une admiration sans discernement à son amie Lacey, que les situations se succèdent, qu'elles défilent sous nos yeux sans qu'il soit possible de savoir où l'auteure a voulu nous emmener, m'ont interrogé. Y avait-il seulement un message à saisir ? Si tel était le cas, il m'a complètement échappé. De surcroît, Les flamboyantes n'est pas sans rappeler Respire le film de Mélanie Laurent, qui n'est autre que l'adaptation du roman d'Anne-Sophie Brasme. Cette impression de déjà vu combinée à l'absence de message, a rendu ma dernière lecture de l'année 2017 plutôt poussive. Heureusement 2018 s'annonce sous de meilleurs  auspices.
 
Quoi qu'il en soit, je remercie NetGalley et vous souhaite de belles lectures à venir !
 

jeudi 28 décembre 2017

Mon avis sur "La promesse de l'aube" de Romain Gary

Il y a des adaptations cinématographiques qui donnent envie de lire ou relire les classiques. Tel est le cas du film d'Eric Barbier, La promesse de l'aube, l'adaptation du célèbre roman de Romain Gary avec Pierre Niney et Charlotte Gainsbourg. Impossible de voir le film sans m'être replongée dans ce roman incontournable de la littérature.

Difficile de parler d'un tel monument. Que dire, si ce n'est que tout a  déjà été dit ? Ma chronique ne me permettra certainement pas de décrocher le prix Goncourt (encore que, avec un peu d'ambition...), mais elle a le mérite de rendre hommage à un Auteur ô combien talentueux.
Contrairement à ce que l'on pourrait penser, et bien que le récit soit ponctué d'anecdotes,  La promesse de l'aube n'est pas un roman autobiographique, c'est avant tout l'hommage d'un fils à sa mère. Et oui, La promesse de l'aube est un roman qui traite de l'amour inconditionnel qu'une mère voue à son fils unique. Une mère qui nourrit une ambition sans borne pour sa progéniture, qui lui promet un destin tellement exceptionnel, qu'elle est prête à tous les sacrifices pour qu'il se concrétise.  Si l'ambition que la mère de Romain Gary vouait à son fils a fait de lui un grand homme et l'auteur reconnu qu'il est devenu, son amour incommensurable le condamnera "à manger froid jusqu'à la fin de ses jours" puisque Romain Gary réalisera qu'aucune autre femme ne pourra égaler cet amour.

La promesse de l'aube est un roman à (re)découvrir ne serait-ce que pour la plume de son auteur, pour sa sensibilité, pour la déclaration d'amour d'une mère à son fils et inversement d'un fils à sa mère, pour l'amour tout simplement, pour l'ambition insensée qui pousse un homme à donner le meilleur de lui-même pour atteindre l'inatteignable. En deux mots, lisez-le !

La promesse de l'aube est un livre touchant, une œuvre magistrale. En dirais-je autant du film d'Eric Barbier ?


Belle lecture suivie d'une bonne toile !
 

jeudi 14 décembre 2017

Mon avis sur "Une chaise jaune au bout du couloir B" de Philippe Didier

Rares sont ceux qui ont le talent de pouvoir embarquer le lecteur dans un univers très singulier en quelques mots, quelques pages. Les  Éditions Border Line et Philippe Didier sont de ceux-là. Je les ai découverts à l'occasion du Prix Hors Concours en lisant un extrait de trois pages d'Une chaise jaune au bout du couloir B.  De suite j'ai été conquise par la plume de l'auteur, par l'atmosphère de cet hôpital psychiatrique. Un véritable coup de cœur ! Alors d'une lecture de trois pages, je suis passée à celle du roman...

Il est reclus volontaire parmi les fous, confiné dans l’étroit couloir B de l’hôpital psychiatrique d’une ville de province sans nom. On ne sait pas quelle est sa part de folie, ou même si cette part de folie n’est pas également la nôtre… Il ne parle pas -ainsi l’a-t-il décidé- si ce n’est à lui-même. Son monologue, vibrant, nous livre, par petites touches imprécises, les raisons qui lui firent choisir l’asile plutôt que la vie, la vraie, celle qui grouille et vrombit au-delà du mur d’enceinte… Jusqu’au jour où, poussé par le souvenir toujours ardent de Sophie, il brise enfin ses chaînes, et retourne à la vie aussi soudainement qu’il s’en était extrait. Et c’est en homme libre et déterminé qu’il marche vers elle, pour tout recommencer, autrement…
 
Une chaise jaune au bout du couloir B n'est paraît-il que le second roman de Philippe Didier. Une sacrée performance ! Il explore la folie, cette douleur d’être avec une sensibilité et une profondeur comme on en rencontre rarement en littérature. Chaque pensée nous embarque un peu plus aux tréfonds de l'âme d'un homme torturé qui a choisi de s'enfermer dans son mutisme assourdissant. Il ne parle pas, mais il pense. Les jours, les années passent et il attend dans son couloir. Il attend de comprendre et comprend enfin, qu'il n'y a rien à attendre.  Rien à attendre, jusqu'au jour où il entend un prénom. Sophie agit tel un sésame. Sophie et soudain une porte de la mémoire de cet homme s'ouvre et qui sait, un avenir différent peut-être se dessine.
 
Une chaise jaune au bout du couloir B est un roman à la fois sombre et lumineux, tellement humain, tellement sensible qu'il est impossible de ne pas se laisser bercer par la voix intérieure de cet homme emporté par la folie. Quant à la plume de Philippe Didier, elle magnifie ce couloir B, cet univers fait de camisoles, d'isolement et de molécules destinées à endormir le fou qui sommeille en chacun de nous ce, jusqu'à la dernière page où tout définitivement bascule....
 
Une Chaise jaune au bout du couloir B est publié aux Éditions Border Line, cette maison d'édition qui depuis 2012 partage les valeurs de l’Économie Sociale et Solidaire, qui se démarque des autres parce qu'elle est sur le fil du rasoir. Elle prône la tolérance, le respect des différences, le développement par l’enrichissement dû à nos différences, la prise de risques pour se dépasser, l’humain à tous les étages pour évoluer ensemble. Par la culture, donc par la conscience de soi et de l’autre, elle n'a qu'une volonté, partager des connaissances et des émotions. Il suffit de regarder la première de couv superbement illustrée par Yann Lovato pour se rendre compte qu'au-delà du discours, il y a l'action. Aucun doute, chez Border Line, tous les arts se croisent.
 
Une Chaise jaune au bout du couloir B de Philippe Didier, c'est exactement tout cela et bien plus encore. Un conseil, lisez-le et soutenez cette maison d'édition tellement Borderline !
 
Belle lecture !
 

dimanche 3 décembre 2017

Mon avis sur "Le jour des morts" de Nicolas Lebel

C'était un de mes objectifs, découvrir l'univers de Nicolas Lebel. Et comme novembre rime avec Toussaint, rien de mieux que de lire Le jour des morts. Un polar de saison, mais pas que...
 
Paris à la Toussaint. Le capitaine Mehrlicht, les lieutenants Dossantos et Latour sont appelés à l'hôpital Saint-Antoine : un patient vient d'y être empoisonné. Le lendemain, c'est une famille entière qui est retrouvée sans vie dans un appartement des Champs-Élysées. Puis un couple de retraités à Courbevoie... Tandis que les cadavres bleutés s'empilent, la France prend peur : celle qu'on surnomme bientôt l'Empoisonneuse est à l'œuvre et semble au hasard décimer des familles aux quatre coins de France depuis plus de quarante ans. Les médias s'enflamment alors que la police tarde à arrêter la coupable et à fournir des réponses : qui est cette jeune femme d'une trentaine d'années que de nombreux témoins ont croisée ?
 
Dès les premières pages, nous voici embarqués aux côtés du capitaine Mehrlicht et son équipe aussi réduite que soudée. D’emblée, ce sont les personnages qui attirent. Ils ont tous de l'épaisseur, sont tous parfaitement travaillés, racés.  Mehrlicht est une espèce d'ours mal léché au grand cœur et à la répartie aux petits oignons. C'est un régal de lire les bons mots de cet épicurien. Quant au lieutenant Dossantos, c'est un flic érudit, passionné, capable pour chaque infraction de citer précisément l'article du Code pénal qui la sanctionne. Sophie  Latour est la touche féminine de l'équipe. Amoureuse d'un sans-papier, elle n'a qu'une obsession, le faire naturaliser. Et pour compléter ce fabuleux trio, voici que débarque un stagiaire, Lagnac. Un beau gosse insupportable, fils de... Une vraie caricature de sale type, qui sans le piston de son père ne serait bon qu'à faire le café. Et encore...

Côté intrigue, nous ne sommes pas en reste. Elle est parfaitement construite, rythmée. Tout commence à l'hôpital Saint-Antoine à Paris pour nous embarquer dans le limousin nous renvoyant à une époque sombre de notre histoire. Aucun temps mort, l'intrigue court sur plusieurs générations. En parallèle de l'enquête on croise un collectionneur amoureux de beaux livres anciens et son bouquiniste passionné, des hommes et femmes de pouvoir qui viennent alimenter l'intrigue sans oublier la référence au plaidoyer contre la peine de mort de Victor Hugo.

Le jour des morts est un polar de très bonne facture. Nicolas Lebel, linguiste et enseignant, nous propose une écriture riche, des personnages hauts en couleurs qui ont de l'épaisseur, une intrigue parfaitement ficelée. Tout est réuni  pour oublier la grisaille automnale et passer un très bon moment.
 
Belle lecture !