mardi 10 octobre 2017

Mon avis sur "Le sympathisant" de Viet Thanh Nguyen

Décidément le Vietnam est à l'honneur en cette rentrée.  Á l'heure où Arte TV a diffusé la superbe fresque documentaire réalisée par Ken Burns et Lynn Novick faisant revivre la guerre du Vietnam et retraçant trente ans de soulèvements et de destructions, les Éditions Belfond publient le premier roman de Viet Thanh Nguyen, Le sympathisant lequel a reçu le prix Edgar-Allan-Poe du meilleur premier roman et le prix Pulitzer de la fiction. Allez, direction le Vietnam des années 1970...

Avril 1975, Saïgon est en plein chaos. À l'abri d'une villa, entre deux whiskies, un Général de l'armée du Sud Vietnam et son Capitaine dressent la liste de ceux à qui ils vont délivrer le plus précieux des sésames : une place dans les derniers avions qui décollent encore de la ville. Mais ce que le Général ignore, c'est que son Capitaine est un agent double au service des communistes. Arrivé en Californie, tandis que le Général et ses compatriotes exilés tentent de recréer un petit bout de Vietnam sous le soleil de L.A., notre homme observe et rend des comptes dans des lettres codées à son meilleur ami resté au pays. Dans ce microcosme où chacun soupçonne l'autre, notre homme lutte pour ne pas dévoiler sa véritable identité, parfois au prix de décisions aux conséquences dramatiques. 

Viet Thanh Nguyen est amérasien. Enfant, il a fui le Vietnam après la chute de Saïgon pour se réfugier aux Etats-Unis. Il a vécu la guerre, l'exil, le déracinement, les camps de réfugiés et le racisme. C'est justement parce qu'il a connu la guerre de l'intérieur et qu'il ne retrouvait pas son histoire dans les films ou les livres qui témoignaient de ce conflit, que Viet Thanh Nguyen a souhaité rétablir certaines vérités et imposé le point de vue des vietnamiens. C'est cette quête qui l'a conduit à écrire Le sympathisant. 
 
Le héros du sympathisant, dit le Capitaine, est lui eurasien. Il est né d'un père français et d'une mère vietnamienne. Tout comme Viet Thanh Nguyen, il est déchiré entre deux cultures. Nulle part, il n'est vraiment chez lui. Où qu'il aille, il est étranger. Alors lorsque le moment venu, il lui faut choisir, il se remémorera ce que sa mère lui disait "Tu n'es pas l'union de deux moitiés mais au contraire, tu as tout en double". Binational, il jouera de sa double culture. Il sera agent double. Envoyé comme espion aux Etats-Unis, il incarnera l'Occident et l'Orient, le capitaliste et communiste, l'humanité et l'inhumanité.
 
Le sympathisant est un roman foisonnant, dense et complexe qui oscille entre confessions, témoignages et œuvre politique. A l'instar du narrateur, il est double, drôle et léger, cynique et caustique. Viet Thanh Nguyen voulait juste écrire un bon roman qui rende hommage au peuple vietnamien. Malgré quelques longueurs, il a plus que rempli son objectif puisqu'il offre à ce peuple meurtri, rien de moins que le Prix Pulitzer.
 
Enfin, tous mes remerciements vont à NetGalley et aux Éditions Belfond qui m'ont permis de lire Le sympathisant alors qu'à cette même période, Arte TV diffusait cette fresque documentaire sur la guerre du Vietnam d'une exceptionnelle qualité. Je ne peux que vous conseiller de doubler cette lecture de cette série et inversement.


Vietnam - Fresque documentaire réalisée par 
Ken Burns et Lynn Novick - Arte TV
 
 
Belle lecture doublée d'une bonne série documentaire !
  

samedi 30 septembre 2017

Mon avis sur "Danser, encore" de Julie de Lestrange

Danser, encore est la suite de Hier encore, c'était l'été, le premier roman de Julie de Lestrange. J'avais aimé ce roman choral intergénérationnel résolument contemporain où enfants, parents et grands-parents cohabitent chacun avec leurs préoccupations, leurs doutes, leurs questionnements. Alors, lorsque Julie de Lestrange m'a proposé de lire en avant-première ce nouvel opus, j'ai tout de suite accepté. Et bien je peux vous l'avouer sans complexe, je ne le regrette absolument pas !  Quel bonheur de retrouver Alexandre, Marco et la bande...
 
Justement, parlons-en d'Alexandre, Marco, Sophie, Anouk et les autres. Ils connaissent une amitié de trente ans et autant d’amour, de blessures, de déceptions et de joies. Désormais adultes, certains  sont mariés, parents ou se cherchent encore. Tous sont confrontés au poids du quotidien et des responsabilités, à l’existence et ses tourments. Ils sont tous pétris de certitudes jusqu'au moment où un évènement les fera vaciller. Viendra alors le nécessaire besoin de respirer, de danser encore et surtout, celui de s’aimer.
Pour ne pas spoiler l'histoire, je ne dévoilerai rien de plus de Danser, encore. Je ne peux dire qu'une chose, qui résume assez bien son ambiance. Dès les premières pages m'est revenu à l'esprit une phrase que j'avais lue et qui ouvre le roman de Grégoire Delacourt, On ne voyait que le bonheur. Cette phrase est celle d'Henri Calet. Elle résume à elle seule l'émotion que j'ai ressentie. Cette phrase c'est "Ne me secouez pas, je suis plein de larmes". Pour autant, pas de méprise, Danser, encore n'est pas larmoyant, il est juste terriblement émouvant.
 
Danser, encore  est empreint d'une grande humanité, d'une belle sensibilité. C'est un hymne à la vie, à l'amour, un rappel à l'essentiel. C'est un réel bonheur de lecture. Il l'est parce que l'on retrouve avec un immense plaisir les personnages auxquels on s'identifie immédiatement. Comme un effet miroir, leurs préoccupations, leurs craintes, leurs peurs, leur angoisse sont les nôtres.  Alex, Marco et les autres sont tous profondément touchants parce qu'éminemment humains avec leurs certitudes, leurs failles et leur faiblesse. Ce n'est que parce que la plume de Julie de Lestrange est d'une justesse et d'une infinie sensibilité que tout n'est que crédibilité. C'est donc à regret que l'on referme ce roman mais avec l'irrépressible envie d'être en vie et de Danser, encore.
 
Je souhaite adresser mes plus sincères remerciements à Julie de Lestrange et à son éditeur, Mazarine, de m'avoir permis de vivre ce flot d'émotions. Une fois n'est pas coutume, je voudrai dire à Julie, avec qui j'ai l'occasion d'échanger parfois sur d'autres réseaux, combien j'apprécie son humanité et son engagement. Danser, encore n'est finalement que le reflet de sa personnalité. Bravo donc Julie et je vous souhaite un beau succès bien mérité. Et à vous autres, un conseil, lisez Danser, encore quand bien même vous n'auriez pas lu Hier encore, c'était l'été, le second se lit indépendamment du premier.
 
Belle lecture et n'oubliez pas de Danser, encore. Let's dance !
 
 
 
 

mardi 26 septembre 2017

Mon avis sur "L'amie prodigieuse - Tome 2 : Le nouveau nom" d'Elena Ferrante

Commencée il y a peu, cette saga à succès ne m'a pas transportée. Certes, le Tome 1 pose les bases, il plante le décor et la psychologie des personnages que l'auteure nous invite à suivre quatre tomes durant, de l'enfance jusqu'à leur soixante-dixième anniversaire. Avec Le nouveau nom, on entre vraiment dans le vif de l'histoire. Allais-je enfin devenir addict ?
 
Le nouveau nom prolonge le parcours de Lila Cerullo et Elena Greco, adolescentes inséparables qui tentent d'échapper à leur destin. Aux études, la brillante Lila préfère se marier à  l'épicier Stefano Carracci, elle deviendra riche et travaillera dans la nouvelle boutique de sa belle-famille.  De son côté, Elena, la narratrice, continue ses études au lycée et est toujours secrètement amoureuse de Nino Sarratore. Puis vient le temps des vacances. Les deux amies partent pour Ischia, où elles retrouvent ce dernier. À la fin de cet été particulièrement torride, le destin des deux amies va basculer. Des ruptures s'annoncent...
 
Le nouveau nom s'ouvre sur une scène particulièrement insoutenable. Être  femme et échapper à sa condition n'est pas chose aisée dans les années soixante, surtout lorsque l'on a des velléités d'indépendance. La société d'alors est très machiste. Les hommes dominent les femmes et n'hésitent pas à imposer par tous moyens leur vision du mariage et du rôle de la gent féminine. Elena Ferrante décrit avec justesse le contexte sociétal dans lequel évolue ses héroïnes et c'est là tout l'intérêt de cet opus. Pour le reste, les relations entre les amies sont évoquées à travers leur vie sentimentale mais également leur rivalité qui ne cesse de s'accroître. Avec le temps, Lila a un tempérament de plus en plus marqué, tandis qu'Elena est de plus en plus effacée, elle accepte tous les coups bas de son amie, même les plus inacceptables. Son manque de personnalité agace, au même titre que l'égoïsme de Lila la rend vraiment antipathique. Mais alors, où se niche l'amitié entre ces deux jeunes femmes ?

Malgré un début prometteur, ce second opus ne m'a pas plus convaincue que le premier. En effet, si j'ai réellement apprécié l'évocation du contexte sociétal de cette partie de l'Italie confrontée à la camorra, je ne peux en dire autant des situations vécues par Lila et Elena. Les nombreuses digressions quant à leurs états d'âme, combinées aux innombrables longueurs auront eu raison de ma patience. C'est donc sans regret que je mets un terme à la lecture de cette saga. Il n'empêche que son succès m'interpelle ? Certes, tous les goûts sont dans la nature,  mais il me semble que cette success-story  tient  essentiellement à  l'anonymat de son auteure. La fascination pour ce phénomène aveuglerait-elle les lecteurs au point qu'ils en oublieraient de jeter une œil critique sur l'histoire qui leur est narrée et sa qualité littéraire ?  Tout ceci demeurera une énigme pour moi. Mais j'ai tant de livres encore à lire que je saurai la dépasser.
 
Belle lecture à tout(te)s !


mardi 12 septembre 2017

Mon avis sur "Toutes les familles heureuses" de Hervé Le Tellier

Le dernier chapitre du roman d'Hervé Le Tellier s'ouvre avec cette citation de Tolstoï extraite d'Anna Karénine "Toutes les familles heureuses se ressemblent ; chaque famille malheureuse l'est à sa façon."  C'est bien connu, la famille peut être une vraie plaie, mais que ferait-on sans elle ? L'auteur l'affirme, il n'a jamais rêvé d'une autre famille, même si de manière confuse, il sentait que quelque chose n'allait pas. Sa famille était très particulière...
 
Hervé Le Tellier déclare n'avoir pas été un enfant malheureux, ni privé, ni battu, ni abusé. Mais très jeune, il a compris que quelque chose n'allait pas, très tôt il a voulu partir, et d'ailleurs très tôt il est parti. Son père, son beau-père sont morts, sa mère est folle. Par conséquent, ils ne liront jamais Toutes les familles heureuses, ce livre qui évoque cette bien étrange famille. L'auteur tire d'abord le portrait de ses proches. Celui du beau-père, du grand-père, de la mère qu'il nomme par son prénom, de sa tante puis du père, Genitor. S'ensuit l'évocation des principales étapes de sa vie qu'il illustre de situations concrètes aussi farfelues que croustillantes. Les pages de  Toutes les familles heureuses se tournent et pas l'ombre d'une once d'amour. De la jalousie, de la folie, ça oui, il y en a, mais de l'amour, pas vraiment. Dans sa famille, l'amour ne va pas de soi.

Toutes les familles heureuses est un roman autobiographique. Parce qu'il ne sera jamais lu des siens, Hervé Le Tellier s'est autorisé à  raconter sa famille sans colère et la décrire sans se plaindre. Il affirme même vouloir en faire rire, sans regrets.

Dès la première phrase, la première page, sa plume acérée et son style narratif nous transporte au cœur de cette cellule familiale si singulière. Il égraine son arbre généalogique, évoque sans aucune complaisance un à un les siens. Le ton est tantôt caustique, tantôt pudique comme pour y mettre de la distance et jeter pudiquement un voile sur ses sentiments. Hervé Le Tellier n'est jamais larmoyant, il est factuel, même lorsqu'il illustre les différentes étapes de sa vie. Pourtant, certaines situations sont psychologiquement insupportables et particulièrement violentes.

Toutes les familles heureuses n'est pas sans rappeler le fabuleux Profession du père de Sorj Chalandon. Ces deux romans évoquent la folie d'un parent que l'enfant subit sans s'en rendre compte. Les deux auteurs se sont autorisés à l'évoquer, à l'écrire qu'une fois la certitude acquise que leurs parents ne pourront jamais voir leur folie défiler entre les pages. J'avais aimé le roman de Sorj Chalandon, j'aime tout autant celui d'Hervé Le Tellier. Un conseil, lisez-le !


Ah la famille, quelle plaie quand même !

Impossible de publier cette dernière chronique en tant qu'explolectrice sans parler de cette famille que j'ai intégré, le temps d'un été, la famille des Explorateurs de la rentrée littéraire 2017. Je renouvelle tous mes sincères remerciements à Lecteurs.com et surtout à Karine Papillaud et Dominique Sudre, vous avez été de vraies mères pour nous ! 

Belle lecture !
 

vendredi 8 septembre 2017

Mon avis sur "Sucre noir" de Miguel Bonnefoy

Encore une jolie découverte faite dans le cadre de l'opération "Explorateurs de la rentrée littéraire" organisée  par Lecteurs.com, que je remercie une nouvelle fois au passage. Pour cette rentrée, Miguel Bonnefoy propose un roman original aux allures de conte philosophique, à moins que Sucre noir ne soit une fable...

La légende d'un trésor disparu vient bouleverser l'existence de la famille Otero qui vit dans un village des Caraïbes. Les explorateurs se succèdent. Ils sont tous à la recherche du butin du capitaine Henry Morgan, dont le navire aurait échoué dans les environs trois cents ans plus tôt. Tous, dont l'ambitieux Severo Bracamonte, vont croiser le chemin de Serena Otero, l'héritière de la plantation de cannes à sucre qui rêve à d'autres horizons. Au fil des ans, tandis que la propriété familiale prospère, et qu'elle distille alors à profusion le meilleur rhum de la région, chacun cherche le trésor qui donnera un sens à sa vie. Mais, sur cette terre sauvage, étouffante, la fatalité aux couleurs tropicales se plaît à détourner les ambitions et les désirs qui les consument.

A travers ce roman aux allures de conte philosophique, Miguel Bonnefoy réinvente la légende de l'un des plus célèbres corsaires pour nous raconter le destin d'hommes et de femmes guidés par la quête de l'amour et contrariés par les caprices de la fortune. Il nous livre aussi, dans une prose somptueuse et délicate inspirée du réalisme magique des écrivains sud-américains, le tableau émouvant et enchanteur d'un pays dont les richesses sont autant de mirages et de maléfices. Quant à l'écriture de Miguel Bonnefoy, elle est ciselée, sucrée. Avec simplicité et sobriété, l'auteur nous offre tout au long de ce conte, un vrai festival de couleurs, d'odeurs et de sensations qu'il est impossible d'ignorer. C'est ivre et envoûté que l'on referme Sucre noir, mais soyez rassurés, la légende du trésor disparu est sauve.

Sucre Noir est à déguster sans modération.

Bonne lecture !

mercredi 6 septembre 2017

Mon avis sur "Le petit garçon sur la plage" de Pierre Demarty

Lorsque l'on a la chance d'être explolectrice pour Lecteurs.com le temps d'un été, je peux vous dire qu'on en lit des romans sur la plage... Et justement aujourd'hui, c'est sur une plage que tout commence...
Comment oublier cette photo ? Elle a fait le tour du monde, nous a tous bouleversés le trois septembre deux mille quinze. Elle représente un petit garçon mort sur une plage. Qui a oublié Aylan ? Comment ne pas être remué à la vue d'un jeune enfant abandonné sur la plage qui hurle de tout son soûl ?
 
Le petit garçon sur la plage s'ouvre avec cette image extraordinairement puissante, ancrée à jamais dans notre mémoire collective. Un petit garçon a échoué sur la plage. Il porte un T-shirt rouge, légèrement remonté sur le ventre, un short ou un pantalon remonté aussi aux genoux, des baskets bleues. Ce petit garçon échoué sur la plage, Aylan, laisse vite place à un autre petit garçon d'un an à peine qui pleure, hurle sur la plage. Il est seul.  On rembobine les images d'un film, autre référence du livre. La scène surréaliste se déroule sous nos yeux. D'abord un chien. Il s'approche trop du bord de la falaise, attiré, il tombe à l'eau. Il est englouti par la mer. Son corps ne réapparaît pas. Le père inquiet de ne plus le voir se penche à son tour. Il tombe et disparaît. Vient le tour de la mère. Même scène, même sort. Le chien, le père puis la mère tombent à l'eau, qui reste-t-il ? Un petit garçon sur la plage. Il est seul.

Ces deux images de petits garçons vont bouleverser un homme. Deux enfants seuls. L'un est mort, il a échoué sur la plage, l'autre est en vie, mais abandonné. Un fait divers envahit les écrans du monde entier, y compris celui de ce père de famille. Cette image réelle va faire resurgir l'image fictive, la fameuse scène du film et va réveiller les émotions que cet homme avait enfouies. Sa peur de l'abandon va le rattraper et il va perdre pied.
 
Si l'idée de départ m'a plutôt séduite, je dois bien avouer que Pierre Demarty m'a semée en chemin. Je m'attendais à ce que ces deux images aussi fortes l'une que l'autre fassent vraiment vaciller cet homme, qu'il nous révèle avec la même force ses fêlures, ses failles, tout ce qu'il a enfoui au plus profond de lui. Malheureusement, rien de cela ne s'est produit. Les images défilent en boucle et nous, nous tournons en rond. Á vouloir faire imploser son personnage en silence, sans faire de vague, Pierre Demarty a mué Le petit garçon sur la plage en une mer d'huile et noie le lecteur dans une logorrhée pour le faire échouer sur la plage, sans savoir s'il y avait un message à saisir. Dommage, l'écriture et le style sont maîtrisés, il m'a juste manqué l'essentiel. Une autre fois, peut-être...

Belle lecture et encore merci à toute l'équipe de Lecteurs.com !
 

mardi 5 septembre 2017

Mon avis sur "Qui ne dit mot consent" d'Alma Brami

Qui n'a jamais opposé le fameux adage, Qui ne dit mot consent à celui ou celle qui s'obstinait à se taire ?  Mais le silence vaut-il vraiment acceptation y compris s'agissant de l'inacceptable ?
Qui ne dit mot consent est le dernier roman d'Alma Brami et il va faire parler de lui à l'occasion de cette rentrée littéraire. 
 
Prétextant qu'ils y auraient une vie plus saine, Bernard, dit Gary pour les intimes, a convaincu sa femme de quitter la ville pour s'installer à la campagne. Isolée de ses amis et de ses parents, Émilie n'a d'autre choix que d'accepter docilement la visite des amies de son mari. C'est donc sous le toit familial que les maîtresses de Gary seront accueillies au vu et au su de leurs deux enfants. D'apparence cocasse et consentie, la situation fait en réalité souffrir Émilie et les enfants. Même si cette femme est rompue aux relations triangulaires, enfant déjà elle faisait partie du trio qu'elle formait avec ses parents, elle va prendre conscience de l'anormalité de la situation et manifester son mécontentement et sa colère jusqu'à s'en rendre malade.

Qui ne dit mot consent est un huis clos psychologique dont la narratrice n'est autre qu'Émilie, la femme humiliée, manipulée par son mari. Tout l'intérêt de ce roman réside dans sa construction et l'écriture d'Alma Brami. En effet, l'auteure restitue à merveille l'atmosphère malsaine et pesante de cette cellule familiale. Tel un insecte emprisonné dans une toile d'araignée, le piège nuptial se referme sur cette femme qui se révèle de plus en plus meurtrie. Alma Brami prend le lecteur à témoin de cette descente aux enfers à laquelle il assiste impuissant. De plus, elle fait monter crescendo la pression, si bien que c'est le souffle court et poisseux que l'on achève la lecture de ce récit. On renferme Qui ne dit mot consent avec l'irrépressible besoin d'aller se décrasser.

Vous l'aurez compris, toute la force, toute la puissance de Qui ne dit mot consent tient à l'écriture et au style d'Alma Brami. Elle nous livre là une vraie performance d'auteur et un récit que l'on ne pourra oublier de sitôt. Retenez bien ce titre, Qui ne dit mot consent parce qu'il ne va pas passer inaperçu.

Je tiens à adresser mes remerciements les plus chaleureux à Lecteurs.com qui m'a permis non seulement de devenir explolectrice de la rentrée littéraire 2017 et ainsi d'avoir le privilège de lire en avant-première des romans qui vont faire l'actualité. Bronzer en lisant avec un temps d'avance et découvrir des plumes bien trempées, telle que celle d'Alma Brami, fut un réel plaisir. Pour cela et bien plus encore, merci !

Belle lecture !
 

samedi 2 septembre 2017

Mon avis sur "Îles flottantes" de Jean-Luc Cattacin

La fin du mois d'août sonne la fin des vacances, alors pourquoi ne pas les prolonger avec Rouquin qui passe les siennes sur une île. Une île pour amorcer la rentrée en douceur, Îles flottantes de Jean-Luc Cattacin pour une rentrée littéraire, joli programme non ? 

Rouquin passe ses vacances seul dans la maison familiale. Sur une idée presque originale de ses parents, Ficelle son copain de lycée, le rejoindra afin qu'il ne s'ennuie pas dans cette grande maison sur la dune. Pour une bouchée de pain, il a acheté une étrange tablette de bois sur laquelle sont gravés des signes. Voulant en comprendre la signification, il se rend à la bibliothèque, rencontre Elisabeth et découvre le rongo-rongo de l'île de Pâques. L'été s'annonçait bien, mais ça c'était avant. Avant l'arrivée de Ficelle. Avec lui, Rouquin découvrira les excès en tous genres. Ficelle est le genre de garçon qui change le cours de l'histoire.

Sans être le coup de cœur de la rentrée Îles flottantes reste néanmoins un livre qui marque. Il marque en raison de son écriture. De longues phrases s'enchaînent intégrant les dialogues entre les personnages. Aucun saut de ligne. Aucun tiret. Juste des mots au kilomètre agrémentés d'une douce poésie qui nous invite à la contemplation. Côté personnages, rien n'est révélé, pas même les prénoms de Rouquin et de Ficelle. Nous suivons la quête de Rouquin qui l'amènera à croiser le chemin d'Elisabeth, cette femme de savoir qu'il va finir par admirer pour son érudition du rongo-rongo et sur laquelle il va peu à peu fantasmer. Adolescent plutôt timide et sensible, Rouquin se laissera entraîner sur la mauvaise pente par Ficelle le rebelle. Avec lui, il découvrira l'alcool et les drogues en tous genres jusqu'au very bad trip qui annoncera pour Rouquin la perte d'un amour fantasmé et l'entrée dans le monde adulte. 

Bien que le style de Jean-Luc Cattacin soit somme toute agréable à lire, l'usage par moment d'un vocabulaire particulièrement soutenu surprend, déroute. Par ailleurs, Îles flottantes pèche par son intrigue qui n'est, de mon point de vue, pas aboutie. En effet, les scènes s'enchaînent de manière un peu décousue à l'instar de ces adolescents livrés à eux-mêmes, vivant au jour le jour. Et puis soudain tout s'accélère. La fin de l'été annonce la fin d'un cycle, celui de l'adolescence. Îles flottantes s'achève sur l'ouverture d'un autre monde, celui des adultes dans lequel Rouquin va basculer.

Je remercie les Editions Phébus ainsi que Babelio de m'avoir permis de découvrir un des romans de cette rentrée littéraire.

Belle lecture !

mercredi 30 août 2017

Mon avis sur "L'amie prodigieuse - Tome 1" d'Elena Ferrante

Et oui, je sais je suis une des rares à ne pas avoir lu cette saga italienne, pourtant on en a fait des caisses et voici presque un an que L'amie prodigieuse est dans ma PAL. Alors cet été, j'ai mis le cap sur l'Italie !

Fin des années cinquante. L’Italie se remet difficilement de son passé fasciste. Deux fillettes, Elena et Lila, vivent dans un quartier pauvre de Naples. Elles sont douées pour les études. L'une, Lila, est brillante mais abandonne rapidement l'école pour travailler dans l'échoppe de cordonnier de son père. L'autre, Elena, besogneuse mais soutenue par son institutrice ira au collège puis au lycée. L'une a une personnalité bien trempée doublée d'un physique agréable, l'autre est effacée et subit les changements disgracieux que ses hormones lui infligent. La première aura un franc succès auprès des garçons du quartier et finira par connaître l'amour, la seconde ne fera qu'en rêver. C'est leur amour partagé des livres, des mots, qui soudera leur amitié faite de fascination et de jalousie. Les années passant, ces femmes en devenir s'affirmeront, gagneront en confiance et en admiration mutuelle. Lila appréciera le savoir de son amie, Elena la liberté et la franche répartie de Lila. Leurs chemins se croisent, se décroisent pour finalement se retrouver et peut-être ensemble, franchir les étapes de la vie...

L'amie prodigieuse compte quatre tomes. Le premier pose les bases, il plante le décor et la psychologie des personnages que l'on va suivre de l'enfance jusqu'à leur soixante-dixième anniversaire. Dès lors, on comprend que ce premier opus ne peut à lui seul justifier l'engouement des lecteurs et le succès de cette saga. 

Néanmoins, il est indéniable que la construction du récit qui n'a de cesse de mettre en avant tantôt Lila, tantôt Elena, à tel point qu'il est impossible de déterminer laquelle est l'héroïne, la description de leur environnement social et familial ainsi que la multitude de personnages qui défilent, renforcent le style romanesque de cet opus. Si l'on ajoute à cela les répliques plutôt bien senties, les  clans de mauvais garçons qui s'opposent, la volonté des filles d'échapper à leur destin, un zeste de rythme et une bonne dose de mystère autour de l'identité de l'auteure, je dois bien reconnaître que tous les ingrédients sont réunis pour faire de cette saga, un véritable succès de librairie. 

Bien que le premier tome de L'amie prodigieuse ne m'ait pas transportée, pour ma part, rien n'est encore décidé. Je vais donc enchaîner avec le second tome.

Bella lettura !

mercredi 23 août 2017

Mon avis sur "Leur séparation" de Sophie Lemp

Si la séparation d'un couple peut s'avérer salutaire, elle est souvent vécue comme un drame  par les enfants. Un sentiment d'insécurité  affective, de culpabilité, voire de nostalgie les submerge. Dès lors, ils entretiennent l'espoir, l'espoir que leurs parents cohabitent à nouveau. Bien que devenue chose courante, une séparation n'est jamais anodine et laisse des traces indélébiles. Preuve en est, trente ans après, Sophie Lemp revient sur le divorce de ses parents avec un roman autobiographique, Leur séparation.

Ce samedi matin de janvier, ma mère m’attend à la sortie de l’école. Comme les autres jours, nous remontons la rue des Boulangers mais, au lieu de nous arrêter au carrefour, nous prenons à gauche dans la rue Monge. Je me retourne et aperçois un camion de déménagement garé en bas de notre immeuble. Ma mère serre ma main dans la sienne. Je n’ai pas envie de parler, je pense au camion, aux cartons, au salon qui demain sera à moitié vide. Je pense à mon père. Désormais, j’irai chez lui tous les mercredis soir et un week-end sur deux. Ma mère s’est organisée pour que je passe  l'après-midi et  la nuit  chez une  amie. Avant  de partir,  elle me  dit : Profite bien de ta journée, amuse-toi, essaye de penser à autre chose. Je hoche la tête mais je sais que jamais plus je ne penserai à autre chose.
 
C'est avec beaucoup de pudeur et d'émotion que Sophie Lemp évoque le divorce de ses parents. Bien que devenue adulte et maman, elle revit cette séparation en posant avec une infinie justesse son regard de petite fille. Elle aborde son quotidien chamboulé où se mêlent les souvenirs heureux d'une enfance à trois. Elle ne cherche pas à comprendre ni à expliquer mais simplement à dire le déchirement, cette impression de trahir l'un dès qu'elle est avec l'autre, cette douleur encore si vive par instants et si difficile à cicatriser.
 
L'écriture de Sophie Lemp est simple mais toute en émotion et en sensibilité. Ce roman autobiographique bien que très court (96  pages) est un réel plaisir de lecture.  Il n'est que délicatesse et empreint d'une subtile retenue. Ne pas le lire serait une réelle faute de goût.
 
Un grand merci à NetGalley et aux Éditions Allary qui m'ont permis de découvrir en avant-première cette pépite de la rentrée littéraire 2017. Leur séparation sera disponible chez tous les bons libraires dès le 7 septembre prochain.
 
Très belle lecture !
 

lundi 21 août 2017

Mon avis sur "Survivre" de Frederika Amalia Finkelstein

Impossible au lendemain du double attentat de Barcelone de passer à côté du dernier roman de Frederika Amalia Finkelstein à paraître pour cette rentrée littéraire. Comment oublier, comment Survivre à de tels évènements ?
 
Ava a 25 ans. Elle vit à Paris. Un matin, elle prend le métro pour se rendre à l'Apple Store des Champs-Élysées, où elle travaille. Sur le quai du métro, des militaires patrouillent pour assurer la sécurité des voyageurs : ce climat sécuritaire l'angoisse. Elle repense aux attentats du 13 novembre. Elle est hantée par une photographie prise au soir du massacre au Bataclan, où gisent les corps de jeunes gens de son âge. Son rapport aux terroristes est ambigu. Elle n'arrive pas à éprouver de la haine à leur égard, certainement parce que, terroristes et victimes, tous, ou presque, sont de la même génération : la sienne. En arrivant sur son lieu de travail, Ava révèle qu'elle a été licenciée. Elle a du mal à accepter sa situation alors elle se promène. Elle passe devant le Bataclan, puis elle s'arrête dans un café. Sur les écrans de télévision, un attentat se déroule en direct. Ava est à la fois fascinée et blasée par le défilement des images sur la chaîne d'informations. Elle se met à penser à sa grand-mère, qui vient de mourir à Buenos Aires. Elle rêve qu'elle part pour l'Argentine, où son enterrement est en train d'avoir lieu...
 
Survivre est un roman percutant. A travers l'angoisse de son héroïne, Frederika Amalia Finkelstein traduit parfaitement l'état d'esprit dans lequel nous sommes post-attentats. En effet, depuis ce 13 novembre, soir du plus grand massacre en France depuis Oradour-sur-Glane, tout est possible. Bien que conscients de cette éventualité, l'auteure nous rappelle, s'il en était besoin, que nous vivons collectivement dans  la peur du prochain attentat. Forte de ce constat, Frederika Amalia Finkelstein s'est surtout focalisée sur sa génération, cette génération  née avec les écrans, ultraconnectée mais paradoxalement en proie à une immense solitude. C'est à travers son héroïne, qu'elle lui rend hommage. Elle souligne l'ambivalence de cette dernière à la fois auteure et cible des attentats, à la fois fascinée et apeurée par les images violentes et obscènes de ces massacres qui circulent en toute impunité sur tous les réseaux sociaux. Il souffle un vent morbide sur cette génération. La mort est d'ailleurs omniprésente tout au long de ce récit. Néanmoins et c'est là tout l'intérêt, Survivre résonne comme un exutoire à cette guerre d'un nouveau genre pour in fine, célébrer la vie.

L'écriture de Frederika Amalia Finkelstein est d'une justesse percutante qui donne une force inouïe à ce court récit qui ne peut laisser indifférent. Bien que la thématique abordée demeure tristement d'actualité, Survivre est à lire, ne serait-ce que pour collectivement, mesurer l'urgence qu'il y a à vivre et à ne surtout pas céder à la peur, ni sombrer.

J'adresse tous mes remerciements à  Babelio et  à la collection l'Arpenteur des Éditions Gallimard pour l'envoi en avant-première de ce roman de la rentrée littéraire dont nous entendrons parler.


Belle lecture !
 

jeudi 3 août 2017

Mon avis sur "Vernon Subutex 3" de Virginie Despentes

À peine avais-je  refermé le tome 2, que je trépignais d'impatience. Je ne désirais qu'une chose, retrouver Vernon Subutex et sa bande. Il m'aura fallu attendre plus de deux longues années. Ce fut une attente interminable certes, mais seuls ceux qui ont lu Vernon Subutex 3 savent ô combien elle était indispensable. Et oui, ce dernier opus clôture en beauté cette trilogie.  Jubilatoire !
Mais attention, pour se plonger dans ce dernier tome, il faut impérativement avoir suivi les aventures de Vernon, ce disquaire charismatique devenu SDF.

Le tome 3 s'ouvre en pleine verdure, là où Vernon et ses fidèles se sont retirés du monde. Ponctuellement, ils organisent des convergences, qui sont des rassemblements ouverts à tous  où l'on danse jusqu'au petit matin. Le DJ n'est autre que Vernon. La communauté vit isolée, loin de l'agitation des villes et sans aucune connexion jusqu'au jour où Vernon devra impérativement rejoindre Paris pour se faire soigner un abcès dentaire qui le fait souffrir. Ce séjour va impacter la communauté d'une manière insoupçonnée. Dès lors, elle ne pourra rester en marge et continuer à ignorer la violence de notre société.

De nouveau, Virginie Despentes scanne notre société contemporaine et nous la restitue à travers chacun des personnages sous forme d'instantanés tous plus percutants les uns que les autres. Des scènes du quotidien de tout un chacun, aux évènements plus tragiques que nous avons connus, tout y passe. L'auteure nous égratigne en évoquant notre addiction aux écrans, elle nous fait sourire en décrivant la mutation que subissent les adolescents, ou en évoquant les manies des uns, les travers des autres, les relations humaines au travail, au sein du couple ou du groupe... Évidemment, elle ne pouvait pas, ne pas évoquer les attentats et leurs conséquences, la solidarité d'abord, puis cette peur des religions, des étrangers, des migrants qui s'est ancrée un peu plus ; elle ne pouvait pas ne pas évoquer la loi travail et le mouvement Nuit debout, le fossé qui se creuse toujours plus entre les différentes classes sociales ; elle ne pouvait pas ne pas évoquer les incidences politiques de ces différents évènements et la montée des extrêmes... Si Vernon Subutex 3 est plus engagé politiquement, plus âpre, pour autant, Virginie Despentes ne porte pas de jugement. Elle dépeint ces différentes situations tout en ayant beaucoup d'empathie pour ses personnages. De plus, j'ai trouvé que malgré tout, il soufflait sur Vernon Subutex 3  un vent de fraternité où le collectif prenait le pas sur l'individualisme. Enfin, parce qu'il ne faudrait quand même pas l'oublier, tous ces éléments contextuels servent l'intrigue, et je peux vous assurer qu'elle est sacrément bien ficelée. Et côté écriture, et bien c'est du Virginie Despentes. Autrement dit, c'est tout simplement magistral, jubilatoire ! 

C'est donc à regret que je quitte Vernon et sa bande qui m'ont littéralement transportée depuis janvier 2015, date de ma rencontre avec eux. Mais nos chemins ne se séparent pas là, je sais que je les retrouverai parce que je ne peux pas envisager de ne pas relire cette trilogie. En fait, Vernon, c'est ma madeleine à moi. C'est bien trop bon pour s'en passer ! Chapeau bas Madame Despentes !

Et à tou(te)s, très belle lecture !


vendredi 28 juillet 2017

Mon avis sur "Une vie" de Simone Veil

A l'aube de ses quatre-vingt-dix ans, elle nous a quittés. Unanimement, nous l'avons pleurée. Elle est de ces personnes qui ont eu une vie hors du commun. Elle, c'est Simone Veil bien évidemment. Femme de lettres, c'est à Guy de Maupassant qu'elle a emprunté le titre de sa biographie, Une vie. Sa vie n'était pas une simple vie, c'était une vie exceptionnelle,  une vie qui force le respect. Jugez plutôt !
 
Simone Veil est l'une des figures politiques françaises les plus populaires. Plutôt discrète, elle a accepté il y a une dizaine d'années de se raconter. Ma vie, c'est son histoire, l'histoire d'un parcours hors norme.
Avec beaucoup de pudeur et de retenue, Simone Jacob    évoque une enfance heureuse entourée de ses parents, ses sœurs et de son frère jusqu'au jour où elle sera  déportée à Auschwitz. Elle n'avait que seize ans. Elle y vivra l'innommable, y perdra sa mère  à qui elle vouait une véritable adoration, son père et son frère. Rescapée et déterminée, elle entreprend six mois après sa libération, des études de droit, tout en suivant les cours à Sciences Po. Elle fut l'une des premières femmes à s'y inscrire. Elle y rencontrera celui qui deviendra son mari, Antoine Veil. Mère de trois enfants,  femme indépendante, elle est farouchement décidée à concilier vie professionnelle et vie privée. Brillante  juriste, elle entrera dans la magistrature en 1957. Elle y côtoiera les plus éminents juristes, ceux que des générations d'étudiants en droit auraient rêvé de rencontrer. Travaillant à l'administration pénitentiaire et constatant que le régime des femmes détenues était beaucoup plus dur que celui des hommes, elle s'en saisira et s'attachera à l'améliorer. Les rencontres se succèdent, les opportunités se multiplient jusqu'au jour où Simone Veil se verra confier le Ministère de la Santé sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing. Dans le cadre de ses nouvelles fonctions, elle mènera à son terme la réforme sur l'IVG qui avait été initiée sous le Gouvernement Messmer et que le décès brutal de Georges Pompidou stoppa net. C'est cette loi, son discours à l'Assemblée Nationale et les débats houleux qui ont suivi, qui révèleront Simone Veil au grand public. Femme d'engagement et de convictions, c'est avec une très grande dignité qu'elle encaissera les critiques les plus douteuses notamment celles se référant au nazisme.  À cette époque personne ne savait encore que Simone Veil avait été déportée, ni ce qu'elle avait enduré.  Cette loi votée, sa popularité ne cessera de s'accroître. Simone Veil poursuivra sa mission en toute discrétion, tout en s'intéressant à la question de l'Europe. Ses convictions et son positionnement la conduiront au Parlement Européen, d'abord en qualité de députée, puis en tant que Présidente de cette assemblée. En 1993, elle rejoindra le gouvernement d’Édouard Balladur en tant que ministre des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville, puis deviendra membre du Conseil constitutionnel en 1998 pour une durée de neuf ans.  De 2000  à 2007, elle sera présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah. Une vie s'achève en 2007, mais pas celle Simone Veil. Ironie du sort, cette femme au destin exceptionnel qui aurait pu mourir à Auschwitz a été élevée au rang des immortels le 20 novembre 2008 en entrant à l'Académie Française.

Une vie est bien plus qu'une simple biographie. C'est un témoignage d'un parcours de vie hors du commun que Simone Veil évoque avec pudeur, dignité et humilité. En se livrant, c'est avant tout le portrait d'une femme volontaire, déterminée et profondément humaine qu'elle nous dévoile. Jamais agressive, elle a toujours défendu ses idées avec détermination. Toutes ses actions, toutes les responsabilités qu'elle a assumées ont toujours été en adéquation avec ses convictions et son éthique. Néophyte en politique, c'est son intelligence, son ouverture d'esprit, sa curiosité et sa droiture qui lui ont permis de réussir. De toute sa vie, elle n'a jamais transigé pour des raisons électorales ou partisanes avec ses convictions, pas comme certains hommes politiques, qu'elle égratigne au passage. Même si elle est devenue immortelle, Simone Veil n'est plus depuis le 30 juin dernier, cette biographie est l'occasion de découvrir ou de redécouvrir son parcours exceptionnel. Elle restera pour beaucoup, pour moi en particulier, un modèle. Je me réjouis de savoir qu'on lui ouvre grand les portes du Panthéon, à n'en pas douter, elle y a toute sa place.
 
Une vie est un témoignage de vie à lire et à relire, de même que le discours que Simone Veil a prononcé devant l'Assemblée Nationale le 26 Novembre 1974 lequel est annexé à cette biographie. Il est d'une exceptionnelle qualité.
 
Belle lecture !
 

lundi 24 juillet 2017

Mon avis sur "Les enfants de Venise" de Luca Di Fulvio

Après l'Amérique des années 20 et son envoûtant Gang de rêves, Luca Di Fulvio nous revient avec Les enfants de Venise. C'est donc dans les calle de la Venise de la Renaissance que l'auteur a choisi de répandre son souffle romanesque. Un pavé de 800 pages, totalement prenant !
 
Les enfants de Venise raconte la survie d'une bande d'orphelins qui ne connaît que la rue, les égouts, la faim, la crasse. Ils s'appellent  Mercurio, Benedetta et Zolfio. Le vol est leur seul moyen de subsistance. Impliqués dans le meurtre d'un usurier juif, ils fuient Rome pour rejoindre Venise. En route, ils font la connaissance d'un bataillon de soldats et d'une jeune fille Guiditta et de son père, Isacco le médecin. Tous deux sont juifs. Mercurio le voleur chrétien et Guiditta la juive seront fortement attirés.  Benedetta  ne le supportera pas, à tel point qu'elle fera tout pour éloigner les deux tourtereaux, tout comme Isacco qui ne peut envisager que sa fille s'amourache d'un goy, de surcroît voleur. Arrivés à Venise, les juifs coiffés d'un bonnet jaune seront parqués dans un ghetto, tandis que Mercurio tentera de vivre le plus honnêtement possible. Il a un rêve, retrouver Guiditta et prouver à son père qu'il peut être digne de l'amour de sa fille. Un projet que Benedetta ne manquera pas de contrarier.
 
Les enfants de Venise c'est un roman choral historique, une invitation à plonger dans une Venise très éloignée du romantisme d'aujourd'hui. La Venise du XVIème siècle est empreinte de misère, de violence, d'insécurité.  Il y a les privilégiés et les miséreux, les sans-dents. Entre ces deux mondes, il y a ceux qui ont été contraints de fuir et qui ont trouvé refuge à Venise. Ils essaient de s'en sortir, ils rêvent à une vie meilleure. Mercurio est de ceux-là. Il est espiègle, intelligent, rusé et débrouillard. Déterminé, il fera tout pour franchir les obstacles et vivre sa passion avec sa bien-aimée.
 
Les enfants de Venise c'est un peu un mixte entre le Roméo et Juliette de Shakespeare et Les piliers de la terre de Ken Follet. Il y a de l'amour, de l'amitié, des aventures, de l'action, des rebondissements, de la fourberie et de l'humour. Aucun doute, Luca Di Fulvio a le sens du romanesque. Mais au-delà de cette qualité, il est particulièrement bienveillant. Pour preuve, tous ses personnages sont très attachants, profondément humains. En outre et à l'instar de son précédent roman, il s'attache à délivrer un message d'espoir et de confiance. Il nous démontre que la cohabitation entre les différentes religions n'est pas un obstacle infranchissable, mais une des composantes de l'identité de chacun. Il tord le cou au fameux proverbe -que je déteste tant- "les chats ne font pas des chiens". Résolument optimiste, il affirme qu'il n'y a pas de rêve trop grand, qu'il est possible d'évoluer, de s'élever socialement, il suffit de s'en donner les moyens.
 
Bien que Les enfants de Venise soit un peu en-deçà du Gang des rêves, il n'en demeure pas moins que c'est un bon roman qui embarque le lecteur tel un bon film de cape et d'épée que l'on regardait enfant, des étoiles plein les yeux.

Ne ratez pas le dernier Luca Di Fulvio, c'est 1,110 kg d'aventure.
 
Belle lecture !
 

dimanche 9 juillet 2017

Mon avis sur "Le jour d'avant" de Sorj Chalandon

Sorj Chalandon est un auteur discret, mais ô combien talentueux ! Depuis son sublime Quatrième mur, il n'est plus à présenter. Chacun de ses livres est un voyage au cœur de l'humanité qui provoque un réel chamboulement intérieur. Et bonne nouvelle, il faudra compter avec lui pour la prochaine rentrée littéraire. Le jour d'avant sera disponible chez votre libraire préféré dès le 16 Août prochain. Save the date !
 
Enfant, Michel a rêvé de rejoindre son frère Joseph à la mine. Mais la catastrophe du 27 décembre 1974 a mis fin à ses rêves. Ce jour-là, 42 mineurs étaient tués par le grisou à la fosse Saint-Amé. Grièvement blessé  dans l’accident, Joseph Flavent devait mourir quelques semaines plus tard. «Venge-nous de la mine», lui avait écrit son père. Ses derniers mots. Michel a promis, poings levés au ciel. Il allait venger son frère, mort en ouvrier, venger son père, parti en paysan, venger sa mère, esseulée à jamais. Il allait punir les Houillères et tous ces salauds qui n'avaient jamais payé pour leurs crimes. C'est cette vengeance que Michel nous raconte.

Le Jour d'avant est tiré de la plus grande tragédie d'après-guerre qu'ait connu le bassin houiller du Nord-Pas-de-Calais. Le 27 décembre 1974 à 6 h 30, un violent souffle dévasta à 710 m de profondeur une part de la fosse 3, dite Saint-Amé de Lens-Liévin, à Liévin. Quarante-deux gueules noires y laissèrent leur vie. A cet instant, cent seize enfants devinrent orphelins, des femmes veuves, des parents, des frères, des sœurs meurtris. L'émotion fut considérable. Ce drame ne fut pas dû à la fatalité, mais à la négligence de la société exploitante, les Houillères du bassin du Nord-Pas-de-Calais. Des années de procès furent nécessaires pour que leur responsabilité soit reconnue, ce fut une grande première dans l'histoire de la mine.

C'est donc sur fond de fait divers, que Sorj Chalandon nous revient. C'est à ces gueules noires, aux galibots et autres porions, à tous ces hommes qui descendent dans les entrailles de terre, qu'il  rend hommage.  Il évoque avec beaucoup d'humanité le Nord de la France de cette époque, le dur labeur de ces mineurs,  leurs difficiles conditions de travail,  leur solidarité et le nécessaire syndicalisme pour défendre leurs droits. Nous découvrons les gestes et rituels de ces ouvriers aujourd'hui disparus.

Le Jour d'avant est un peu le Germinal des temps modernes. Il l'est jusqu'au moment où tout bouscule, jusqu'au moment où Sorj Chalandon va nous surprendre pour nous embarquer sur un tout autre terrain, celui de la psychologie, de la folie. Dès lors, on retrouve l'ambiance et le thème de son précédent roman, Profession du père. Un magnifique retournement de situation qui survient lors de l'enquête et du procès qui sont magistralement reconstitués.

A n'en pas douter, la rentrée littéraire de septembre prochain devra compter avec Sorj Chalandon et son très bon roman, Le jour d'avant. Je remercie très chaleureusement les  Éditions Grasset  ainsi que NetGalley, qui m'ont permis de découvrir en avant-première ce vibrant hommage aux gueules noires.

Belle lecture !
 

mardi 4 juillet 2017

Mon avis sur "La tresse" de Laetitia Colombani

S'il y a bien une auteure qui n'a aucun cheveu blanc à se faire, c'est bien Laetitia Colombani. A peine sorti, son premier roman est déjà primé. Et oui, La tresse a reçu le 40e Prix Relay des Voyageurs Lecteurs. Il faut dire que l'auteure nous brosse trois jolis portraits de femmes.

La tresse ce n'est pas qu'une histoire de cheveux qui s'entremêlent, c'est bien plus que cela. C'est l'évocation de  trois femmes qui vivent sur trois continents différents mais qui partagent le même combat, celui de la liberté.
Inde. Smita est une Intouchable. Elle rêve de voir sa fille échapper à sa condition misérable et entrer à l’école.
Sicile. Giulia travaille dans l’atelier de son père. Lorsqu’il est victime d’un accident, elle découvre que l’entreprise familiale est ruinée.
Canada. Sarah, avocate réputée, va être promue à la tête du Cabinet quand elle apprend qu’elle est gravement malade.
Liées sans le savoir par ce qu’elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est destiné et décident de se battre. Vibrantes d’humanité, leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité.


A travers ces trois portraits de femmes, Laetitia Colombani parvient avec subtilité à nous interpeller sur la condition de la femme dans le monde d'aujourd'hui. Mènent-elles les mêmes combats, ont-elles les mêmes espoirs quel que soit l'endroit où elles vivent, quelle que soit leur culture, leur milieu social ? C’est bien le courage qui unit les trois héroïnes de La tresse. Ces femmes ne veulent pas subir leur destin. Dès lors, elles vont se battre pour défendre leur liberté, pour lutter contre les traditions,  les discriminations, les injustices. C'est une simple tresse de cheveux qui parcourra  les continents pour unir le destin de ces trois femmes. Ces cheveux symbole de féminité mais aussi de divinité, ces cheveux que l'on sacrifie dans l'espoir de voir ses vœux les plus chers se réaliser.

Laetita Colombani n'a pas écrit un roman féministe, mais un roman sur la condition féminine. Elle nous sensibilise, s'il en était besoin, à l'universalité des combats menés par les femmes.  La construction de son récit est subtilement audacieuse, sa plume agréable, les courts chapitres se croisent, s'enlacent à l'instar des trois mèches qui forment La tresse pour, au bout du compte, se lier entre elles.
Inutile de vouloir couper les cheveux en quatre, La tresse, est un roman à découvrir y compris par les chauves et les barbus !

Belle lecture et pour ma part, j'adresse tous mes remerciements à NetGalley ainsi qu'aux Éditions Grasset, merci de votre confiance !
 

dimanche 2 juillet 2017

Mon avis sur "Fendre l'armure" d'Anna Gavalda

On ne présente plus Anna Gavalda tant sa popularité est grande, son talent reconnu. Voici quatre ans qu'elle n'a rien publié. Alors forcément, il suffit d'annoncer la parution d'un nouveau titre pour créer l'évènement, surtout si l'auteure a choisi de revenir à ses premières amours : les nouvelles. Fendre l'armure est un recueil de sept nouvelles.

Sept histoires vraies de gens comme vous et moi. Il y a Ludmila, il y a Paul, il y a Jean  et les autres, ceux n'ont pas de nom, ceux qui disent simplement "je". Deux petites lettres suffisent à les faire exister. Ces gens sont cabossés, en­deuillés, ils n'ont que leur solitude pour seul compagnon et sont inaptes à la communication. Pourtant, ils vont tous tenter de Fendre l'amure. Presque tous parlent dans la nuit, pendant la nuit, et à un moment de leur vie où ils ne différencient plus très bien la nuit du jour justement. Ils parlent pour essayer d'y voir clair, ils se dévoilent, ils se confient, ils fendent l'armure. Tous n'y parviennent pas, mais tous essayent.

Fendre l'armure c'est l'histoire d'une mère de famille qui sombre dans l'alcoolisme, d'une jeune banlieusarde qui rencontre un poète, d'un routier anéanti par la mort de son chien, d'un expert dont le jeune fils a commis une faute, d'un papa qui invite sa petite fille au MacDo, d'une amitié qui va naître sur un palier et enfin d'un jeune homme qui fera une drôle de rencontre dans le TGV.

C'est avec une certaine tendresse qu'Anna Gavalda nous propose des tranches de vie de gens ordinaires. Elles n'ont pas toutes la même saveur. Les trois premières ont failli me faire renoncer à cette dégustation.  Je les ai trouvées assez insipides. Ma préférence va à Happy Meal (un comble !). Cette nouvelle est courte et la fin tellement inattendue. 

Quant à la plume d'Anna Gavalda, elle est toujours aussi fluide, son style toujours aussi sensible et intimiste. La lire demeure un plaisir et malgré des retrouvailles en demi teinte, j'attends avec impatience son prochain roman.

En attendant, belle lecture !
 

jeudi 29 juin 2017

Mon avis sur "Un été invincible" d'Alice Adams

Le premier roman d'Alice Adams, jeune auteure d'origine australienne installée en Angleterre, vient de paraître aux Éditions Albin Michel. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'Un été invincible (en référence à Albert Camus) est un roman de saison. Sera-t-il pour autant le roman de l'été ? Rien n'est moins sûr !
 
Benedict, Eva, Sylvie et Lucien sont inséparables depuis leurs années de fac à Bristol. Leur diplôme en poche, ils vont, pour la première fois, se disperser. Eva part à Londres pour travailler dans la finance ; Benedict reste à Bristol, il poursuit son doctorat. Quant à Sylvie et Lucien, fidèles à leurs rêves, ils entament une vie plus bohème, faite d'art et d'aventures. A l'approche de la trentaine, leurs liens autrefois si forts se distendent. Le temps qui passe les éloigne les uns des autres, leurs routes divergent. Pourtant, leurs chemins vont à nouveau se croiser et faire revivre le souvenir de l'été invincible qui les a liés à jamais.
 
Un été invincible débute à l'été 1995 pour se terminer vingt ans plus tard, en Août 2015. Vingt années durant lesquelles nous suivons ces quatre amis. Il y a ceux qui poursuivent leurs rêves, ceux qui ne veulent pas grandir, ceux qui investissent coûte que coûte leur projet professionnel et qui finissent par s'oublier, il y a ceux qui ratent leurs rendez-vous, ceux qui passent le plus clair de leur temps à se chercher. Ils étaient liés, la vie se chargera de les éloigner un temps pour finalement mieux se retrouver.
 
Un été invincible est un hymne à l'amitié, la vraie. Celle qui résiste au temps qui passe, celle qui demeure malgré les épreuves de la vie.  Un été invincible est un roman à la fois léger et profond. Il se lit facilement sans pour autant nous transporter, certainement parce que les étés s'enchaînent un peu trop vite, ne permettant pas aux personnages de s'ancrer en nous. C'est un roman somme toute agréable, mais certainement pas le roman de l'été.
 
Je tiens à remercier Babelio et les Éditions Albin Michel de m'avoir permis de vivre en 344 pages, vingt ans d'amitié sincère. Au milieu de l'hiver, je saurai m'en rappeler...
 
Belle lecture les amis !
 

lundi 26 juin 2017

Mon avis sur "Une robe couleur de vent" de Sophie Nicholls

Lire en avant-première un roman à paraître en octobre prochain, voici de quoi se sentir privilégiée... Quand à cela s'ajoute le plaisir, on mesure davantage notre chance. Ce privilège c'est aux Éditions  Préludes et à NetGalley que le dois, je les en remercie vivement ! Une robe couleur de vent de Sophie Nicholls est un roman loin d'être aussi léger qu'une petite robe d'été, c'est un livre qui célèbre la création, les relations mère-fille tout en traitant de l'intemporelle question de l'intégration.
 
Fabia Moreno vient de s’installer avec sa fille, Ella, dans la petite ville de York, au nord de l'Angleterre où elle a ouvert un magasin de vêtements vintage. Une boutique de rêve, comme les femmes de York n’en ont encore jamais vu. Car Fabia possède un don pour dénicher la robe idéale et l’ajuster à chaque cliente. Autour de son commerce, bientôt, les destins se croisent, les identités se révèlent, mais naissent aussi la méfiance et la jalousie. L’exubérance de Fabia dérange, et la jeune Ella, à la peau cuivrée, est une adolescente bien mystérieuse. Parviendront-elles à s’intégrer dans la communauté ? Quel sombre secret cache Fabia derrière ses tenues flamboyantes et son accent chantant ? Sa fille elle-même sait-elle tout de l’histoire familiale ?

Une robe couleur de vent est un roman au tempo lent. Son auteure a trouvé le juste rythme pour qu'au gré des pages, l'histoire de cette femme et de sa fille nous pénètre, qu'elles nous habitent et que le mystère qui les entoure se dévoile progressivement. Au rythme de la création, nous prenons conscience de leur combat. Un combat de femmes qui souhaitent défendre leur condition, des femmes qui luttent contre les préjugés, qui mettent en avant leurs difficultés, celle d'une mère à élever seule son enfant, à s'intégrer dans la société, à lutter contre le rejet et le rempli sur soi.

Une robe couleur de vent est le premier roman de Sophie Nicholls, il a été autopublié au Royaume-Uni et s’est vendu à plus de 160 000 exemplaires et a été traduit dans cinq langues. Ce roman est tout à fait conforme à l'esprit des Éditions  Préludes qui n'éditent que des premiers romans à raison d'une dizaine par an. Les Éditions Préludes privilégient avant tout la découverte des mots et des histoires qui résonneront longtemps. Leur volonté, partager leur enthousiasme pour de nouveaux talents de la scène littéraire française et étrangère, aucun doute Une robe couleur de vent  est de ceux-là. A priori, une suite est attendue puisque ce roman est annoncé comme le premier tome d'une trilogie.

D'ici là, belle lecture !
  

mercredi 14 juin 2017

Mon avis sur "Le jour du chien" de Patrick Bauwen

Patrick Bauwen, Patrick Bousquet à la ville et aux Urgences adamoises, est auteur de romans policiers. Il est membre de la Ligue de l'imaginaire, ce collectif qui rassemble des auteurs de talent tels que Babara Abel, Maxime Chattam,  Bernard Minier, Franck Thilliez, Bernard Werber... et l'excellent Henri  Lœvenbruck. Le jour du chien est le cinquième roman Patrick Bauwen et certainement pas le dernier...
 
Voici trois ans que Chris Novak, médecin, traîne son mal-être depuis que sa femme Djeen a été poussée sous une rame de métro. Son meurtrier, un dangereux psychopathe est enfermé dans un asile.
Un soir, Chris est grièvement blessé après avoir secouru une femme importunée dans le métro par des voyous. Il se réveille à l'hôpital et découvre que son agression a été filmée par un téléphone portable et est diffusée en
boucle sur le Net. Lorsqu'il visionne la vidéo, il aperçoit en arrière-plan une femme, sa femme. Djeen serait donc vivante ? Bouleversé, Chris va tout mettre en œuvre pour la retrouver et connaître enfin la vérité.

Autant vous prévenir de suite, une fois commencé, il devient impossible de poser Le Jour du Chien. Du début à la fin, Patrick Bauwen nous embarque à travers le tout Paris, y compris celui qui grouille sous nos pieds. Du métro aux catacombes, il n'y a qu'un tunnel que l'auteur nous invite à emprunter. Le rythme est soutenu, l'intrigue bien ficelée, le suspens à son comble, les rebondissements nombreux et inattendus.
Quant aux personnages, ils sont tous parfaitement travaillés et bien ancrés dans leur époque, ce qui rend l'histoire particulièrement crédible et en fait un véritable page-turner haletant.

Aucun doute, Patrick Bauwen maîtrise parfaitement la recette du thriller à succès. Il sait savamment doser chacun des ingrédients qui le compose. Le médecin tourmenté, la femme disparue paradoxalement omniprésente, le flic désabusé, sa coéquipière déterminée, le serial killer surdoué, l'homme politique véreux, la petite juge, les marginaux drogués, la menace terroriste et la surabondance des réseaux sociaux.  Quant au style d'écriture, c'est fluide, vif, percutant, le tout arrosé d'humour.

Depuis L'Œil de Caine, son premier roman, Patrick Bauwen trace joliment sa route... Tel un magicien, il sait enchanter nos lectures. Et ma petite voix me dit que ce n'est pas terminé, voire même que nous retrouverons prochainement le chien... Un conseil, lisez Le Jour du Chien.
 
Belle lecture !

dimanche 11 juin 2017

Mon avis sur "Petites histoires pour futurs et ex-divorcés" de Katarina Mazetti

Rappelez-vous le fameux refrain des Rita Mitsouko, ils chantaient Les histoires d'amour finissent mal en général. Sans vouloir leur donner absolument raison, en France, 44 % des mariages se terminent par un divorce. Phénomène de société ou pas, on connaît tous des couples qui ont mille et une raisons de divorcer… et (parfois) de le regretter ! De là à en faire un livre, il n'y avait qu'un pas que Katarina Mazetti, l’auteure des titres à succès Le mec de la tombe d'à côté et Le caveau de famille, a franchi.

Petites histoires pour futurs et ex-divorcés est un recueil de vingt-neuf nouvelles qui traite de ce qu'il y a de plus compliqué à gérer, les relations humaines, surtout s'agissant du couple. Il commence par se composer, puis les années passant, se décompose, se déchire, se sépare pour finir par se recomposer. Une histoire sans fin... Tous ceux qui un jour ont vécu en couple, se reconnaîtront forcément dans Petites histoires pour futurs et ex-divorcés. Ils se reconnaîtront plus aisément que Katarina Mazetti évoque un sujet qu'elle connaît bien. Et pour cause, l'auteure a, à son actif, plusieurs mariages et divorces. Du coup, Petites histoires pour futurs et ex-divorcés sonne vrai.  

Avec une bonne dose d'humour, Katarina Mazetti dresse de jolis portraits de couples  lessivés par plusieurs années de vie commune. Leur douce complicité cède sa place à l'incompréhension, la confiance à la méfiance et à la jalousie, le désir à l'indifférence. Et puis un beau jour, un vent de liberté souffle sur ces êtres devenus l'un pour l'autre, quasi des étrangers. Vient alors le temps de la séparation... ou pas. 
Il y a ceux qui fêtent cette liberté chérie retrouvée, ceux qui ne supportent pas la solitude qui s'impose à eux, ceux qui se remarient et se recomposent une famille. 

Immanquablement, tous ceux qui vivent en couple se retrouveront dans Petites histoires pour futurs et ex-divorcés. Le tout est caustique et drôle, c’est signé Katarina Mazetti et c'est savoureux.

Belle lecture !