jeudi 3 août 2017

Mon avis sur "Vernon Subutex 3" de Virginie Despentes

À peine avais-je  refermé le tome 2, que je trépignais d'impatience. Je ne désirais qu'une chose, retrouver Vernon Subutex et sa bande. Il m'aura fallu attendre plus de deux longues années. Ce fut une attente interminable certes, mais seuls ceux qui ont lu Vernon Subutex 3 savent ô combien elle était indispensable. Et oui, ce dernier opus clôture en beauté cette trilogie.  Jubilatoire !
Mais attention, pour se plonger dans ce dernier tome, il faut impérativement avoir suivi les aventures de Vernon, ce disquaire charismatique devenu SDF.

Le tome 3 s'ouvre en pleine verdure, là où Vernon et ses fidèles se sont retirés du monde. Ponctuellement, ils organisent des convergences, qui sont des rassemblements ouverts à tous  où l'on danse jusqu'au petit matin. Le DJ n'est autre que Vernon. La communauté vit isolée, loin de l'agitation des villes et sans aucune connexion jusqu'au jour où Vernon devra impérativement rejoindre Paris pour se faire soigner un abcès dentaire qui le fait souffrir. Ce séjour va impacter la communauté d'une manière insoupçonnée. Dès lors, elle ne pourra rester en marge et continuer à ignorer la violence de notre société.

De nouveau, Virginie Despentes scanne notre société contemporaine et nous la restitue à travers chacun des personnages sous forme d'instantanés tous plus percutants les uns que les autres. Des scènes du quotidien de tout un chacun, aux évènements plus tragiques que nous avons connus, tout y passe. L'auteure nous égratigne en évoquant notre addiction aux écrans, elle nous fait sourire en décrivant la mutation que subissent les adolescents, ou en évoquant les manies des uns, les travers des autres, les relations humaines au travail, au sein du couple ou du groupe... Évidemment, elle ne pouvait pas, ne pas évoquer les attentats et leurs conséquences, la solidarité d'abord, puis cette peur des religions, des étrangers, des migrants qui s'est ancrée un peu plus ; elle ne pouvait pas ne pas évoquer la loi travail et le mouvement Nuit debout, le fossé qui se creuse toujours plus entre les différentes classes sociales ; elle ne pouvait pas ne pas évoquer les incidences politiques de ces différents évènements et la montée des extrêmes... Si Vernon Subutex 3 est plus engagé politiquement, plus âpre, pour autant, Virginie Despentes ne porte pas de jugement. Elle dépeint ces différentes situations tout en ayant beaucoup d'empathie pour ses personnages. De plus, j'ai trouvé que malgré tout, il soufflait sur Vernon Subutex 3  un vent de fraternité où le collectif prenait le pas sur l'individualisme. Enfin, parce qu'il ne faudrait quand même pas l'oublier, tous ces éléments contextuels servent l'intrigue, et je peux vous assurer qu'elle est sacrément bien ficelée. Et côté écriture, et bien c'est du Virginie Despentes. Autrement dit, c'est tout simplement magistral, jubilatoire ! 

C'est donc à regret que je quitte Vernon et sa bande qui m'ont littéralement transportée depuis janvier 2015, date de ma rencontre avec eux. Mais nos chemins ne se séparent pas là, je sais que je les retrouverai parce que je ne peux pas envisager de ne pas relire cette trilogie. En fait, Vernon, c'est ma madeleine à moi. C'est bien trop bon pour s'en passer ! Chapeau bas Madame Despentes !

Et à tou(te)s, très belle lecture !


vendredi 28 juillet 2017

Mon avis sur "Une vie" de Simone Veil

A l'aube de ses quatre-vingt-dix ans, elle nous a quittés. Unanimement, nous l'avons pleurée. Elle est de ces personnes qui ont eu une vie hors du commun. Elle, c'est Simone Veil bien évidemment. Femme de lettres, c'est à Guy de Maupassant qu'elle a emprunté le titre de sa biographie, Une vie. Sa vie n'était pas une simple vie, c'était une vie exceptionnelle,  une vie qui force le respect. Jugez plutôt !
 
Simone Veil est l'une des figures politiques françaises les plus populaires. Plutôt discrète, elle a accepté il y a une dizaine d'années de se raconter. Ma vie, c'est son histoire, l'histoire d'un parcours hors norme.
Avec beaucoup de pudeur et de retenue, Simone Jacob    évoque une enfance heureuse entourée de ses parents, ses sœurs et de son frère jusqu'au jour où elle sera  déportée à Auschwitz. Elle n'avait que seize ans. Elle y vivra l'innommable, y perdra sa mère  à qui elle vouait une véritable adoration, son père et son frère. Rescapée et déterminée, elle entreprend six mois après sa libération, des études de droit, tout en suivant les cours à Sciences Po. Elle fut l'une des premières femmes à s'y inscrire. Elle y rencontrera celui qui deviendra son mari, Antoine Veil. Mère de trois enfants,  femme indépendante, elle est farouchement décidée à concilier vie professionnelle et vie privée. Brillante  juriste, elle entrera dans la magistrature en 1957. Elle y côtoiera les plus éminents juristes, ceux que des générations d'étudiants en droit auraient rêvé de rencontrer. Travaillant à l'administration pénitentiaire et constatant que le régime des femmes détenues était beaucoup plus dur que celui des hommes, elle s'en saisira et s'attachera à l'améliorer. Les rencontres se succèdent, les opportunités se multiplient jusqu'au jour où Simone Veil se verra confier le Ministère de la Santé sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing. Dans le cadre de ses nouvelles fonctions, elle mènera à son terme la réforme sur l'IVG qui avait été initiée sous le Gouvernement Messmer et que le décès brutal de Georges Pompidou stoppa net. C'est cette loi, son discours à l'Assemblée Nationale et les débats houleux qui ont suivi, qui révèleront Simone Veil au grand public. Femme d'engagement et de convictions, c'est avec une très grande dignité qu'elle encaissera les critiques les plus douteuses notamment celles se référant au nazisme.  À cette époque personne ne savait encore que Simone Veil avait été déportée, ni ce qu'elle avait enduré.  Cette loi votée, sa popularité ne cessera de s'accroître. Simone Veil poursuivra sa mission en toute discrétion, tout en s'intéressant à la question de l'Europe. Ses convictions et son positionnement la conduiront au Parlement Européen, d'abord en qualité de députée, puis en tant que Présidente de cette assemblée. En 1993, elle rejoindra le gouvernement d’Édouard Balladur en tant que ministre des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville, puis deviendra membre du Conseil constitutionnel en 1998 pour une durée de neuf ans.  De 2000  à 2007, elle sera présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah. Une vie s'achève en 2007, mais pas celle Simone Veil. Ironie du sort, cette femme au destin exceptionnel qui aurait pu mourir à Auschwitz a été élevée au rang des immortels le 20 novembre 2008 en entrant à l'Académie Française.

Une vie est bien plus qu'une simple biographie. C'est un témoignage d'un parcours de vie hors du commun que Simone Veil évoque avec pudeur, dignité et humilité. En se livrant, c'est avant tout le portrait d'une femme volontaire, déterminée et profondément humaine qu'elle nous dévoile. Jamais agressive, elle a toujours défendu ses idées avec détermination. Toutes ses actions, toutes les responsabilités qu'elle a assumées ont toujours été en adéquation avec ses convictions et son éthique. Néophyte en politique, c'est son intelligence, son ouverture d'esprit, sa curiosité et sa droiture qui lui ont permis de réussir. De toute sa vie, elle n'a jamais transigé pour des raisons électorales ou partisanes avec ses convictions, pas comme certains hommes politiques, qu'elle égratigne au passage. Même si elle est devenue immortelle, Simone Veil n'est plus depuis le 30 juin dernier, cette biographie est l'occasion de découvrir ou de redécouvrir son parcours exceptionnel. Elle restera pour beaucoup, pour moi en particulier, un modèle. Je me réjouis de savoir qu'on lui ouvre grand les portes du Panthéon, à n'en pas douter, elle y a toute sa place.
 
Une vie est un témoignage de vie à lire et à relire, de même que le discours que Simone Veil a prononcé devant l'Assemblée Nationale le 26 Novembre 1974 lequel est annexé à cette biographie. Il est d'une exceptionnelle qualité.
 
Belle lecture !
 

lundi 24 juillet 2017

Mon avis sur "Les enfants de Venise" de Luca Di Fulvio

Après l'Amérique des années 20 et son envoûtant Gang de rêves, Luca Di Fulvio nous revient avec Les enfants de Venise. C'est donc dans les calle de la Venise de la Renaissance que l'auteur a choisi de répandre son souffle romanesque. Un pavé de 800 pages, totalement prenant !
 
Les enfants de Venise raconte la survie d'une bande d'orphelins qui ne connaît que la rue, les égouts, la faim, la crasse. Ils s'appellent  Mercurio, Benedetta et Zolfio. Le vol est leur seul moyen de subsistance. Impliqués dans le meurtre d'un usurier juif, ils fuient Rome pour rejoindre Venise. En route, ils font la connaissance d'un bataillon de soldats et d'une jeune fille Guiditta et de son père, Isacco le médecin. Tous deux sont juifs. Mercurio le voleur chrétien et Guiditta la juive seront fortement attirés.  Benedetta  ne le supportera pas, à tel point qu'elle fera tout pour éloigner les deux tourtereaux, tout comme Isacco qui ne peut envisager que sa fille s'amourache d'un goy, de surcroît voleur. Arrivés à Venise, les juifs coiffés d'un bonnet jaune seront parqués dans un ghetto, tandis que Mercurio tentera de vivre le plus honnêtement possible. Il a un rêve, retrouver Guiditta et prouver à son père qu'il peut être digne de l'amour de sa fille. Un projet que Benedetta ne manquera pas de contrarier.
 
Les enfants de Venise c'est un roman choral historique, une invitation à plonger dans une Venise très éloignée du romantisme d'aujourd'hui. La Venise du XVIème siècle est empreinte de misère, de violence, d'insécurité.  Il y a les privilégiés et les miséreux, les sans-dents. Entre ces deux mondes, il y a ceux qui ont été contraints de fuir et qui ont trouvé refuge à Venise. Ils essaient de s'en sortir, ils rêvent à une vie meilleure. Mercurio est de ceux-là. Il est espiègle, intelligent, rusé et débrouillard. Déterminé, il fera tout pour franchir les obstacles et vivre sa passion avec sa bien-aimée.
 
Les enfants de Venise c'est un peu un mixte entre le Roméo et Juliette de Shakespeare et Les piliers de la terre de Ken Follet. Il y a de l'amour, de l'amitié, des aventures, de l'action, des rebondissements, de la fourberie et de l'humour. Aucun doute, Luca Di Fulvio a le sens du romanesque. Mais au-delà de cette qualité, il est particulièrement bienveillant. Pour preuve, tous ses personnages sont très attachants, profondément humains. En outre et à l'instar de son précédent roman, il s'attache à délivrer un message d'espoir et de confiance. Il nous démontre que la cohabitation entre les différentes religions n'est pas un obstacle infranchissable, mais une des composantes de l'identité de chacun. Il tord le cou au fameux proverbe -que je déteste tant- "les chats ne font pas des chiens". Résolument optimiste, il affirme qu'il n'y a pas de rêve trop grand, qu'il est possible d'évoluer, de s'élever socialement, il suffit de s'en donner les moyens.
 
Bien que Les enfants de Venise soit un peu en-deçà du Gang des rêves, il n'en demeure pas moins que c'est un bon roman qui embarque le lecteur tel un bon film de cape et d'épée que l'on regardait enfant, des étoiles plein les yeux.

Ne ratez pas le dernier Luca Di Fulvio, c'est 1,110 kg d'aventure.
 
Belle lecture !
 

dimanche 9 juillet 2017

Mon avis sur "Le jour d'avant" de Sorj Chalandon

Sorj Chalandon est un auteur discret, mais ô combien talentueux ! Depuis son sublime Quatrième mur, il n'est plus à présenter. Chacun de ses livres est un voyage au cœur de l'humanité qui provoque un réel chamboulement intérieur. Et bonne nouvelle, il faudra compter avec lui pour la prochaine rentrée littéraire. Le jour d'avant sera disponible chez votre libraire préféré dès le 16 Août prochain. Save the date !
 
Enfant, Michel a rêvé de rejoindre son frère Joseph à la mine. Mais la catastrophe du 27 décembre 1974 a mis fin à ses rêves. Ce jour-là, 42 mineurs étaient tués par le grisou à la fosse Saint-Amé. Grièvement blessé  dans l’accident, Joseph Flavent devait mourir quelques semaines plus tard. «Venge-nous de la mine», lui avait écrit son père. Ses derniers mots. Michel a promis, poings levés au ciel. Il allait venger son frère, mort en ouvrier, venger son père, parti en paysan, venger sa mère, esseulée à jamais. Il allait punir les Houillères et tous ces salauds qui n'avaient jamais payé pour leurs crimes. C'est cette vengeance que Michel nous raconte.

Le Jour d'avant est tiré de la plus grande tragédie d'après-guerre qu'ait connu le bassin houiller du Nord-Pas-de-Calais. Le 27 décembre 1974 à 6 h 30, un violent souffle dévasta à 710 m de profondeur une part de la fosse 3, dite Saint-Amé de Lens-Liévin, à Liévin. Quarante-deux gueules noires y laissèrent leur vie. A cet instant, cent seize enfants devinrent orphelins, des femmes veuves, des parents, des frères, des sœurs meurtris. L'émotion fut considérable. Ce drame ne fut pas dû à la fatalité, mais à la négligence de la société exploitante, les Houillères du bassin du Nord-Pas-de-Calais. Des années de procès furent nécessaires pour que leur responsabilité soit reconnue, ce fut une grande première dans l'histoire de la mine.

C'est donc sur fond de fait divers, que Sorj Chalandon nous revient. C'est à ces gueules noires, aux galibots et autres porions, à tous ces hommes qui descendent dans les entrailles de terre, qu'il  rend hommage.  Il évoque avec beaucoup d'humanité le Nord de la France de cette époque, le dur labeur de ces mineurs,  leurs difficiles conditions de travail,  leur solidarité et le nécessaire syndicalisme pour défendre leurs droits. Nous découvrons les gestes et rituels de ces ouvriers aujourd'hui disparus.

Le Jour d'avant est un peu le Germinal des temps modernes. Il l'est jusqu'au moment où tout bouscule, jusqu'au moment où Sorj Chalandon va nous surprendre pour nous embarquer sur un tout autre terrain, celui de la psychologie, de la folie. Dès lors, on retrouve l'ambiance et le thème de son précédent roman, Profession du père. Un magnifique retournement de situation qui survient lors de l'enquête et du procès qui sont magistralement reconstitués.

A n'en pas douter, la rentrée littéraire de septembre prochain devra compter avec Sorj Chalandon et son très bon roman, Le jour d'avant. Je remercie très chaleureusement les  Éditions Grasset  ainsi que NetGalley, qui m'ont permis de découvrir en avant-première ce vibrant hommage aux gueules noires.

Belle lecture !
 

mardi 4 juillet 2017

Mon avis sur "La tresse" de Laetitia Colombani

S'il y a bien une auteure qui n'a aucun cheveu blanc à se faire, c'est bien Laetitia Colombani. A peine sorti, son premier roman est déjà primé. Et oui, La tresse a reçu le 40e Prix Relay des Voyageurs Lecteurs. Il faut dire que l'auteure nous brosse trois jolis portraits de femmes.

La tresse ce n'est pas qu'une histoire de cheveux qui s'entremêlent, c'est bien plus que cela. C'est l'évocation de  trois femmes qui vivent sur trois continents différents mais qui partagent le même combat, celui de la liberté.
Inde. Smita est une Intouchable. Elle rêve de voir sa fille échapper à sa condition misérable et entrer à l’école.
Sicile. Giulia travaille dans l’atelier de son père. Lorsqu’il est victime d’un accident, elle découvre que l’entreprise familiale est ruinée.
Canada. Sarah, avocate réputée, va être promue à la tête du Cabinet quand elle apprend qu’elle est gravement malade.
Liées sans le savoir par ce qu’elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est destiné et décident de se battre. Vibrantes d’humanité, leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité.


A travers ces trois portraits de femmes, Laetitia Colombani parvient avec subtilité à nous interpeller sur la condition de la femme dans le monde d'aujourd'hui. Mènent-elles les mêmes combats, ont-elles les mêmes espoirs quel que soit l'endroit où elles vivent, quelle que soit leur culture, leur milieu social ? C’est bien le courage qui unit les trois héroïnes de La tresse. Ces femmes ne veulent pas subir leur destin. Dès lors, elles vont se battre pour défendre leur liberté, pour lutter contre les traditions,  les discriminations, les injustices. C'est une simple tresse de cheveux qui parcourra  les continents pour unir le destin de ces trois femmes. Ces cheveux symbole de féminité mais aussi de divinité, ces cheveux que l'on sacrifie dans l'espoir de voir ses vœux les plus chers se réaliser.

Laetita Colombani n'a pas écrit un roman féministe, mais un roman sur la condition féminine. Elle nous sensibilise, s'il en était besoin, à l'universalité des combats menés par les femmes.  La construction de son récit est subtilement audacieuse, sa plume agréable, les courts chapitres se croisent, s'enlacent à l'instar des trois mèches qui forment La tresse pour, au bout du compte, se lier entre elles.
Inutile de vouloir couper les cheveux en quatre, La tresse, est un roman à découvrir y compris par les chauves et les barbus !

Belle lecture et pour ma part, j'adresse tous mes remerciements à NetGalley ainsi qu'aux Éditions Grasset, merci de votre confiance !
 

dimanche 2 juillet 2017

Mon avis sur "Fendre l'armure" d'Anna Gavalda

On ne présente plus Anna Gavalda tant sa popularité est grande, son talent reconnu. Voici quatre ans qu'elle n'a rien publié. Alors forcément, il suffit d'annoncer la parution d'un nouveau titre pour créer l'évènement, surtout si l'auteure a choisi de revenir à ses premières amours : les nouvelles. Fendre l'armure est un recueil de sept nouvelles.

Sept histoires vraies de gens comme vous et moi. Il y a Ludmila, il y a Paul, il y a Jean  et les autres, ceux n'ont pas de nom, ceux qui disent simplement "je". Deux petites lettres suffisent à les faire exister. Ces gens sont cabossés, en­deuillés, ils n'ont que leur solitude pour seul compagnon et sont inaptes à la communication. Pourtant, ils vont tous tenter de Fendre l'amure. Presque tous parlent dans la nuit, pendant la nuit, et à un moment de leur vie où ils ne différencient plus très bien la nuit du jour justement. Ils parlent pour essayer d'y voir clair, ils se dévoilent, ils se confient, ils fendent l'armure. Tous n'y parviennent pas, mais tous essayent.

Fendre l'armure c'est l'histoire d'une mère de famille qui sombre dans l'alcoolisme, d'une jeune banlieusarde qui rencontre un poète, d'un routier anéanti par la mort de son chien, d'un expert dont le jeune fils a commis une faute, d'un papa qui invite sa petite fille au MacDo, d'une amitié qui va naître sur un palier et enfin d'un jeune homme qui fera une drôle de rencontre dans le TGV.

C'est avec une certaine tendresse qu'Anna Gavalda nous propose des tranches de vie de gens ordinaires. Elles n'ont pas toutes la même saveur. Les trois premières ont failli me faire renoncer à cette dégustation.  Je les ai trouvées assez insipides. Ma préférence va à Happy Meal (un comble !). Cette nouvelle est courte et la fin tellement inattendue. 

Quant à la plume d'Anna Gavalda, elle est toujours aussi fluide, son style toujours aussi sensible et intimiste. La lire demeure un plaisir et malgré des retrouvailles en demi teinte, j'attends avec impatience son prochain roman.

En attendant, belle lecture !
 

jeudi 29 juin 2017

Mon avis sur "Un été invincible" d'Alice Adams

Le premier roman d'Alice Adams, jeune auteure d'origine australienne installée en Angleterre, vient de paraître aux Éditions Albin Michel. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'Un été invincible (en référence à Albert Camus) est un roman de saison. Sera-t-il pour autant le roman de l'été ? Rien n'est moins sûr !
 
Benedict, Eva, Sylvie et Lucien sont inséparables depuis leurs années de fac à Bristol. Leur diplôme en poche, ils vont, pour la première fois, se disperser. Eva part à Londres pour travailler dans la finance ; Benedict reste à Bristol, il poursuit son doctorat. Quant à Sylvie et Lucien, fidèles à leurs rêves, ils entament une vie plus bohème, faite d'art et d'aventures. A l'approche de la trentaine, leurs liens autrefois si forts se distendent. Le temps qui passe les éloigne les uns des autres, leurs routes divergent. Pourtant, leurs chemins vont à nouveau se croiser et faire revivre le souvenir de l'été invincible qui les a liés à jamais.
 
Un été invincible débute à l'été 1995 pour se terminer vingt ans plus tard, en Août 2015. Vingt années durant lesquelles nous suivons ces quatre amis. Il y a ceux qui poursuivent leurs rêves, ceux qui ne veulent pas grandir, ceux qui investissent coûte que coûte leur projet professionnel et qui finissent par s'oublier, il y a ceux qui ratent leurs rendez-vous, ceux qui passent le plus clair de leur temps à se chercher. Ils étaient liés, la vie se chargera de les éloigner un temps pour finalement mieux se retrouver.
 
Un été invincible est un hymne à l'amitié, la vraie. Celle qui résiste au temps qui passe, celle qui demeure malgré les épreuves de la vie.  Un été invincible est un roman à la fois léger et profond. Il se lit facilement sans pour autant nous transporter, certainement parce que les étés s'enchaînent un peu trop vite, ne permettant pas aux personnages de s'ancrer en nous. C'est un roman somme toute agréable, mais certainement pas le roman de l'été.
 
Je tiens à remercier Babelio et les Éditions Albin Michel de m'avoir permis de vivre en 344 pages, vingt ans d'amitié sincère. Au milieu de l'hiver, je saurai m'en rappeler...
 
Belle lecture les amis !
 

lundi 26 juin 2017

Mon avis sur "Une robe couleur de vent" de Sophie Nicholls

Lire en avant-première un roman à paraître en octobre prochain, voici de quoi se sentir privilégiée... Quand à cela s'ajoute le plaisir, on mesure davantage notre chance. Ce privilège c'est aux Éditions  Préludes et à NetGalley que le dois, je les en remercie vivement ! Une robe couleur de vent de Sophie Nicholls est un roman loin d'être aussi léger qu'une petite robe d'été, c'est un livre qui célèbre la création, les relations mère-fille tout en traitant de l'intemporelle question de l'intégration.
 
Fabia Moreno vient de s’installer avec sa fille, Ella, dans la petite ville de York, au nord de l'Angleterre où elle a ouvert un magasin de vêtements vintage. Une boutique de rêve, comme les femmes de York n’en ont encore jamais vu. Car Fabia possède un don pour dénicher la robe idéale et l’ajuster à chaque cliente. Autour de son commerce, bientôt, les destins se croisent, les identités se révèlent, mais naissent aussi la méfiance et la jalousie. L’exubérance de Fabia dérange, et la jeune Ella, à la peau cuivrée, est une adolescente bien mystérieuse. Parviendront-elles à s’intégrer dans la communauté ? Quel sombre secret cache Fabia derrière ses tenues flamboyantes et son accent chantant ? Sa fille elle-même sait-elle tout de l’histoire familiale ?

Une robe couleur de vent est un roman au tempo lent. Son auteure a trouvé le juste rythme pour qu'au gré des pages, l'histoire de cette femme et de sa fille nous pénètre, qu'elles nous habitent et que le mystère qui les entoure se dévoile progressivement. Au rythme de la création, nous prenons conscience de leur combat. Un combat de femmes qui souhaitent défendre leur condition, des femmes qui luttent contre les préjugés, qui mettent en avant leurs difficultés, celle d'une mère à élever seule son enfant, à s'intégrer dans la société, à lutter contre le rejet et le rempli sur soi.

Une robe couleur de vent est le premier roman de Sophie Nicholls, il a été autopublié au Royaume-Uni et s’est vendu à plus de 160 000 exemplaires et a été traduit dans cinq langues. Ce roman est tout à fait conforme à l'esprit des Éditions  Préludes qui n'éditent que des premiers romans à raison d'une dizaine par an. Les Éditions Préludes privilégient avant tout la découverte des mots et des histoires qui résonneront longtemps. Leur volonté, partager leur enthousiasme pour de nouveaux talents de la scène littéraire française et étrangère, aucun doute Une robe couleur de vent  est de ceux-là. A priori, une suite est attendue puisque ce roman est annoncé comme le premier tome d'une trilogie.

D'ici là, belle lecture !
  

mercredi 14 juin 2017

Mon avis sur "Le jour du chien" de Patrick Bauwen

Patrick Bauwen, Patrick Bousquet à la ville et aux Urgences adamoises, est auteur de romans policiers. Il est membre de la Ligue de l'imaginaire, ce collectif qui rassemble des auteurs de talent tels que Babara Abel, Maxime Chattam,  Bernard Minier, Franck Thilliez, Bernard Werber... et l'excellent Henri  Lœvenbruck. Le jour du chien est le cinquième roman Patrick Bauwen et certainement pas le dernier...
 
Voici trois ans que Chris Novak, médecin, traîne son mal-être depuis que sa femme Djeen a été poussée sous une rame de métro. Son meurtrier, un dangereux psychopathe est enfermé dans un asile.
Un soir, Chris est grièvement blessé après avoir secouru une femme importunée dans le métro par des voyous. Il se réveille à l'hôpital et découvre que son agression a été filmée par un téléphone portable et est diffusée en
boucle sur le Net. Lorsqu'il visionne la vidéo, il aperçoit en arrière-plan une femme, sa femme. Djeen serait donc vivante ? Bouleversé, Chris va tout mettre en œuvre pour la retrouver et connaître enfin la vérité.

Autant vous prévenir de suite, une fois commencé, il devient impossible de poser Le Jour du Chien. Du début à la fin, Patrick Bauwen nous embarque à travers le tout Paris, y compris celui qui grouille sous nos pieds. Du métro aux catacombes, il n'y a qu'un tunnel que l'auteur nous invite à emprunter. Le rythme est soutenu, l'intrigue bien ficelée, le suspens à son comble, les rebondissements nombreux et inattendus.
Quant aux personnages, ils sont tous parfaitement travaillés et bien ancrés dans leur époque, ce qui rend l'histoire particulièrement crédible et en fait un véritable page-turner haletant.

Aucun doute, Patrick Bauwen maîtrise parfaitement la recette du thriller à succès. Il sait savamment doser chacun des ingrédients qui le compose. Le médecin tourmenté, la femme disparue paradoxalement omniprésente, le flic désabusé, sa coéquipière déterminée, le serial killer surdoué, l'homme politique véreux, la petite juge, les marginaux drogués, la menace terroriste et la surabondance des réseaux sociaux.  Quant au style d'écriture, c'est fluide, vif, percutant, le tout arrosé d'humour.

Depuis L'Œil de Caine, son premier roman, Patrick Bauwen trace joliment sa route... Tel un magicien, il sait enchanter nos lectures. Et ma petite voix me dit que ce n'est pas terminé, voire même que nous retrouverons prochainement le chien... Un conseil, lisez Le Jour du Chien.
 
Belle lecture !

dimanche 11 juin 2017

Mon avis sur "Petites histoires pour futurs et ex-divorcés" de Katarina Mazetti

Rappelez-vous le fameux refrain des Rita Mitsouko, ils chantaient Les histoires d'amour finissent mal en général. Sans vouloir leur donner absolument raison, en France, 44 % des mariages se terminent par un divorce. Phénomène de société ou pas, on connaît tous des couples qui ont mille et une raisons de divorcer… et (parfois) de le regretter ! De là à en faire un livre, il n'y avait qu'un pas que Katarina Mazetti, l’auteure des titres à succès Le mec de la tombe d'à côté et Le caveau de famille, a franchi.

Petites histoires pour futurs et ex-divorcés est un recueil de vingt-neuf nouvelles qui traite de ce qu'il y a de plus compliqué à gérer, les relations humaines, surtout s'agissant du couple. Il commence par se composer, puis les années passant, se décompose, se déchire, se sépare pour finir par se recomposer. Une histoire sans fin... Tous ceux qui un jour ont vécu en couple, se reconnaîtront forcément dans Petites histoires pour futurs et ex-divorcés. Ils se reconnaîtront plus aisément que Katarina Mazetti évoque un sujet qu'elle connaît bien. Et pour cause, l'auteure a, à son actif, plusieurs mariages et divorces. Du coup, Petites histoires pour futurs et ex-divorcés sonne vrai.  

Avec une bonne dose d'humour, Katarina Mazetti dresse de jolis portraits de couples  lessivés par plusieurs années de vie commune. Leur douce complicité cède sa place à l'incompréhension, la confiance à la méfiance et à la jalousie, le désir à l'indifférence. Et puis un beau jour, un vent de liberté souffle sur ces êtres devenus l'un pour l'autre, quasi des étrangers. Vient alors le temps de la séparation... ou pas. 
Il y a ceux qui fêtent cette liberté chérie retrouvée, ceux qui ne supportent pas la solitude qui s'impose à eux, ceux qui se remarient et se recomposent une famille. 

Immanquablement, tous ceux qui vivent en couple se retrouveront dans Petites histoires pour futurs et ex-divorcés. Le tout est caustique et drôle, c’est signé Katarina Mazetti et c'est savoureux.

Belle lecture !

mardi 6 juin 2017

Mon avis sur "Une saison au Cambodge" de Lawrence Osborne

Qui n'a jamais rêvé de prendre son sac à dos, d'y jeter quelques affaires, d'attraper son passeport, de casser sa tirelire et de larguer les amarres ?

Robert Grieve est un jeune enseignant britannique. Solitaire, il décide de s'offrir un superbe voyage en Asie. Plus son séjour s'écoule, plus il se met à rêver de ne jamais rentrer chez lui. Or tout bascule lorsqu'il franchit la frontière thaïlandaise pour rejoindre le Cambodge. Ses économies épuisées, il tente sa chance au casino : c'est le jackpot. Cet évènement va être un déclencheur pour changer de vie à jamais et disparaître. Les poches pleines de billets, Robert y croit. Il endosse alors une nouvelle identité. Mais le Barang ne passe pas inaperçu sans compter que l'argent a une odeur que certains ne peuvent ignorer...

Une saison au Cambodge commence très lentement, le temps pour l'auteur d'installer ses personnages, de nous permettre de saisir leur psychologie, de nous familiariser à l'environnement, au climat. Puis insidieusement l'intrigue se met en place. Le rythme va crescendo, les liens se resserrent et nous voici contre toute attente, embrigadés avec Robert au cœur d'une affaire de trafic et de corruption en tous genres. 

N'allez pas en déduire qu'Une saison au Cambodge est un thriller, ce n'est pas vraiment le cas. C'est de mon point de vue davantage un roman d'aventure. Une aventure qui virera au cauchemar. L'écriture de a construction de son récit, intelligente. Les multiples rebondissements, la superstition khmère omniprésente et la description minutieuse des lieux nous livrent un portrait du Cambodge inattendu et somme toute assez envoûtant.

Avant de quitter l'Asie et sa chaleur humide, je tiens à remercier NetGalley et les Editions Calmann-Lévy de m'avoir offert ce voyage.

Belle lecture !

mercredi 31 mai 2017

Mon avis sur "Café ! Un garçon s'il vous plaît" d'Agnès Abécassis

Et si commander l'amour était aussi simple que de s’assoir en terrasse et de trouver un café, on peut toujours rêver, n'est-ce pas ? Il n’empêche que parfois, tout peut commencer par un bon café, il suffit de demander ! Garçon ?

Vous avez commandé un garçon ?
En voici un sur un plateau, se dit Lutèce, en retrouvant la trace de son premier amour. Mais le temps aura-t-il préservé la fraicheur de leurs souvenirs ?
Et puis arrive Tom, le flic tendre. Quand Régine le trompe et qu’il le découvre, par dépit, il la trompe aussi. Avant de réaliser qu’elle n’avait pas fauté…
Ava, c’est l’artiste qui aime trainer dans les cafés pour y chercher l’inspiration. Un jour, on lui commande le portrait d’une actrice célèbre. L’occasion pour sa carrière de décoller ! Mais rien ne se passe comme prévu, et elle qui pensait boire du petit lait risque de devoir attendre un peu avant de sabrer le champagne.

Café ! Un garçon s'il vous plaît est une histoire pleine de rires, de larmes, de chocolat et d’un soupçon de crème. 
Ava, ses copines, Tom, Félix, Lutèce et les autres sont artiste-peintre, flic, avocat, retraité, célibataire, marié, divorcé ou encore veuf. Ils ont tous un point commun, l’amour est réellement leur tasse de thé. Au-delà de leur quête, ils sont tous terriblement ancrés dans notre société actuelle, ce qui rend leur histoire parfaitement crédible. 
Café ! Un garçon s'il vous plaît est un roman choral aussi léger qu'une crème fouettée. Chaque chapitre est dédié à un personnage et se lit comme une gourmandise que l'on a envie de croquer à pleine dent à l'instar des personnages qui croquent la vie. 

Bien qu'il soit sans réelle surprise parce qu'un peu déjà vu, Café ! Un garçon s'il vous plaît est un feel good book que la plume d'Agnès Abécassis -que je découvre- rend très agréable à lire. C'est un roman sans prétention résolument optimiste, gorgé d’humour et d'émotions. Il est léger comme une petite robe d'été, savoureux comme un café frappé. Il est à lire confortablement installé dans un transat à l'ombre d'un saule pleureur. 

J'adresse tous mes sincères remerciements à NetGalley  et au Livre de Poche qui m'ont permis de découvrir ce sympathique roman. Allez, c'est pas tout ça, je reprendrai bien un garçon, moi. Café !

Belle lecture !

mardi 30 mai 2017

Mon avis sur "Le gang des rêves" de Luca Di Fulvio

Terre d'accueil depuis 1840, les États-Unis ont toujours été une destination privilégiée des migrants. Entre 1860 et 1920, ce sont plus de quatre millions d’italiens qui ont cru au rêve américain. Le gang des rêves c'est exactement cela, le rêve américain pour italiens fuyant la misère et rêvant d'intégration et de réussite.

Lorsque Cetta décide de quitter l’Italie avec son fils Natale, elle s'imagine qu'une vie meilleure va s'offrir à elle en Amérique et que tout sera possible. Cetta va vite déchanter. C'est sur le trottoir qu'elle va atterrir. Prête à tout pour que son fils s’intègre et qu'il devienne un vrai petit américain, elle va commencer par le rebaptiser Christmas. Il va grandir dans les bas-fonds de New-York et ne rêver qu'à une chose, créer son gang, les Diamond Dogs. Une vraie légende... Ce chef de gang au grand cœur va porter secourir une jeune fille, Ruth. Alors que tout les oppose, ils vont dépasser leurs différences et lier leur destin. Ils se perdront, se retrouveront, se reperdront... La voix et le bagout de Christmas résonneront jusqu'à la côte ouest où Ruth finira par échouer.

Le Gang des rêves commence dans une violence inouïe, celle faite aux femmes, aux migrants, celle que l'on rencontre dans les bas-fonds, chez les drogués, les alcooliques, les enragés. Elle dure toute la première partie du roman. Limite insoutenable, elle est très dérangeante. Puis heureusement, le rêve américain et l'amour prennent le dessus. Les rêves pour vivre, l'amour pour dépasser toutes les barrières qu'elles soient sociales ou personnelles. A partir de ce moment, nous voici propulsés en plein cœur d'un New-York des années vingt et de la grande dépression. On suit Christmas dans ses aventures. On se laisse embobiner par lui, on fait nos premiers pas dans la mafia, on le soutient et c'est la voix chevrotante que l'on finira par hisser le torchon.

Avec Le Gang des rêves, Luca Di Fulvio nous livre une fresque sur l'Amérique du début du dix-neuvième siècle, un roman d'apprentissage où il sera question d'immigration, de racisme, de syndicalisme, de prohibition, de sexe, de drogue, de théâtre, de music-hall, des prémices du cinéma parlant et de la radio. Les personnages bâtissent leur destin en même temps que la légende. Là-bas, tout devient possible même quand plus personne n'y croit.

Le gang des rêves se lit comme un film. Les pages s'enchaînent comme les plans séquence. Le style est fluide, entraînant,  cinématographique. Tous les personnages ont une épaisseur et trouvent leur place au cœur de cette formidable saga. Il y a du Scorsese, du Coppola dans ce roman qui finira par prendre vie sur nos écrans puisqu'une adaptation cinématographique est en cours. 

Un conseil, lisez-le et pour supporter la violence de la première partie, n'oubliez pas que l'amour est toujours plus fort que la haine.

Belle lecture !

dimanche 28 mai 2017

Mon avis sur "Block 46" de Johana Gustawsson

Son nom a beau avoir des sonorités nordiques, Johana Gustawsson est bel et bien française et vient compléter la longue liste d'auteurs de thriller. Block 46 est son premier roman et nous embarque entre l'Allemagne de la Seconde guerre mondiale et Londres d'aujourd'hui.

Falkenberg, Suède. Le commissaire Bergström découvre le cadavre terriblement mutilé d’une femme.
Londres. Profileuse de renom, la ténébreuse Emily Roy enquête sur une série de meurtres d’enfants dont les corps présentent les mêmes blessures que la victime suédoise : trachée sectionnée, yeux énucléés et un mystérieux Y gravé sur le bras.
Étrange serial killer, qui change de lieu de chasse et de type de proie...
En Suède, Emily retrouve une vieille connaissance : Alexis Castells, une écrivaine pleine de charme spécialisée dans les tueurs en série. Ensemble, ces deux personnalités discordantes se lancent dans une traque qui va les conduire jusqu’aux atrocités du camp de Buchenwald, en 1944.

Simon Lagunas est le grand-père de Johana Gustawsson. Le 11 avril 1945, il a été libéré du camp de Buchenwald. C'est en mémoire des quarante-six mille victimes, des survivants et pour que plus jamais ces atrocités ne se reproduisent que l'auteure a souhaité évoquer cette époque tragique de la déportation dans Block 46.  Elle mêle les époques et les lieux, utilise subtilement les flash-back pour nous emporter du Londres contemporain au cœur du Block 46. Elle décrit avec justesse et réalisme les sévices perpétrés dans ces lieux et s'il en était encore besoin, nous prenons la mesure de toutes les horreurs dont l'être humain est capable.

Outre cet aspect touchant du roman et qui fait sens, le début de ma lecture a été laborieux. Le rythme est lent, les personnages ne sont de mon point de vue, pas assez marqués. On a du mal à les identifier. De ce fait, il est difficile de rentrer dans l'histoire. Puis doucement l'intrigue se met en place. On parvient alors à faire le lien entre passé et présent, on assiste impuissant aux scènes atroces du Block 46 pour finalement se laisser surprendre par une fin insoupçonnable.

Et quand vient le temps de définitivement reposer ce thriller, même s'il ne nous laissera pas un souvenir impérissable, on ne peut qu'être admiratif du cheminement de l'auteure et de son travail de recherche qui rend la description des scènes d'atrocités si réelles.  On referme Block 46 en se disant que pour un premier roman, c'est déjà pas si mal.

Bonne lecture !

jeudi 4 mai 2017

Mon avis sur "Nous rêvions juste de liberté" d'Henri Lœvenbruck

Toute personne qui lit s'est déjà posé cette question. Pourquoi lire ? Pour y répondre, certains en ont fait des livres. Paradoxal, non ? D'autres ont affirmé que lire ne servait à rien, c'est bien pour cela que c'est une grande chose. Et bien moi, je sais pourquoi je lis.
Je lis pour vivre ce que je viens de vivre. Je lis pour prendre une bonne claque (littéraire, bien sûr !). Et justement, je viens de m'en prendre une magistrale. Une qui m'a renversée. Et c'est Bohem qui me l'a filée, enfin, Henri Lœvenbruck. Bohem c'est le héros de Nous rêvions juste de liberté. Assez parlé, je vous le présente sans plus tarder.

"Nous avions à peine vingt ans et nous rêvions juste de liberté." Ce rêve, la bande d’Hugo, dit Bohem, va l’exaucer en fuyant la petite ville de Providence pour traverser le pays à moto. Ensemble, ils vont former un clan où l’indépendance et l’amitié règnent en maîtres. Ensemble ils vont, pour le meilleur et pour le pire, découvrir que la liberté se paie cher.
Volontairement, je m'en tiendrai à la quatrième de couverture pour ne pas spoiler l'intrigue et surtout  parce que l'essentiel est ailleurs. Et cet ailleurs se trouve justement dans ce putain de bouquin. Autant vous prévenir de suite, à peine ouvert, Henri Lœvenbruck emprisonne le lecteur dans son univers. Adieu liberté chérie. Encore un sacré paradoxe ! 

Et oui, de la première à la dernière page, la terre peut bien s'arrêter de tourner, on s'en fout puisqu'on est avec Freddy, Hugo, Oscar et Alex. Quatre mauvais garçons au cœur immense qui ne rêvent que de liberté. Ils en rêvent à en crever. Alors plutôt que de croupir dans leur trou à rats, ils préféreront enfourcher leur moto, enquiller les miles et tracer la route en meute. Fini les contraintes, à eux la liberté. Dès lors, c'est cheveux au vent, le cœur léger, libéré de toutes obligations que nous suivons cette bande de potes. Les aventures, les larcins, les rencontres, les bagarres s'enchaînent. L'alcool coule à flot, les joints et la coke circulent librement, tout comme les filles. 
La liberté serait-elle synonyme de débauche ? N'allez pas croire que ces garçons ne sont dotés d'aucune morale, ils en ont une. Une bien à eux. Leur devise : Loyauté, Honneur, Respect. Et cette devise ils vont l'honorer au sein de leur clan de motards, les Spitfires. Il y a ceux qui la respecteront au pied de la lettre en toutes circonstances et ceux qui peu à peu s'en éloigneront jusqu'à trahir. 

Nous rêvions juste de liberté est un road-movie initiatique riche en émotions et en aventures. C'est une ode à la liberté, à la fraternité, à la vie. Bon sang que l'on se sent vivant avec cette bande. C'est au son des Rolling Stones, de Led Zep, de Queens ou de The Doors que le moteur de leur chooper  vrombit, que leur pot d'échappement chante potato potato, que l'asphalte glisse sous les roues et que les paysages défilent. Qu'il est bon de voyager avec Bohem. On s'accroche à lui comme à la vie avec la furieuse envie de ne jamais le quitter. 

Je vous le dis, il est impossible de rester insensible à l'histoire de Bohem, impossible de ne pas être touché en plein cœur. On sort de cette lecture tout ébouriffé, les yeux rougis, le souffle court.
Je vous le dis, ce livre m'a percutée. Il est de ceux que l'on attend, de ceux qui marquent à vie et que l'on n'oubliera jamais même quand on sera vieux et atteint d'Alzheimer. Tiens, on pourra même mourir qu'on s'en souviendra encore. On l'emportera dans l'au-delà et on le relira indéfiniment ! Oui, Bohem est à jamais ancré en moi.
  
Allez, un dernier coup de kick pour Henri Lœvenbruck. 
Henri, pardonnez-moi, mes mots ne sont pas à la hauteur de votre plume, de votre magistral roman. Je voudrai tant vous  rendre cette claque, mais je n'ai pas votre talent. Tout se bouscule, les mots se cognent, je n'arrive pas à coucher mes émotions sur cette page, c'est dire combien vous m'avez bouleversée. Nous rêvions juste de liberté, vous nous l'avez magnifiquement offerte.
MERCI Henri, vraiment !

Et vous autres, vous qui ne savez pas encore ce qu'est la liberté, lâchez tout. Venez faire rugir le moteur qui sommeille en vous. Lisez ce roman culte qui nous rappelle Easy Rider, la route de Kerouac, de Salinger ou de Steinbeck. Mais un conseil, dépêchez-vous, il est en cours d'adaptation et il serait vraiment dommage de ne pas l'avoir lu avant de le voir et si l'adaptation est bonne, de le revoir.

Très belle lecture !

dimanche 30 avril 2017

Mon avis sur "Croire au merveilleux" de Christophe Ono-Dit-Biot

Croire au merveilleux est la suite du précédent roman de Christophe Ono-Dit-Biot Plonger. Mais qu'on se le dise, on peut lire l'un sans avoir lu l'autre (et inversement, surtout inversement). Parce que Christophe Ono-Dit-Biot aime ses personnages, il ne voulait pas que César s'embourbe dans son désespoir. Il voulait qu'il aille mieux, qu'il puisse de nouveau aimer. Alors il s'est donné une mission : sauver César et par la même occasion, son fiston. Et il y croit !

César a décidé de mourir. Mais une jeune femme sonne à sa porte et contrarie ses plans. Étudiante en architecture, grecque, elle se prétend sa voisine, alors qu'il ne l'a jamais vue. En est-il si sûr ? Pourquoi se montre-t-elle si prévenante envers lui, quadragénaire en deuil de Paz, la femme aimée, persuadé qu'il n'arrivera pas à rendre heureux l'enfant qu'ils ont eu ensemble, et qui lui ressemble tant ? Pourquoi est-elle si intéressée par sa bibliothèque d'auteurs antiques ?  
D'un Paris meurtri aux rivages solaires de l'Italie en passant par quelques îles proches et lointaines, Croire au merveilleux, en dialogue intime avec Plonger, est l'histoire d'un homme sauvé par son enfance et le pouvoir des mythes. Un homme qui va comprendre qu'il est peut-être temps, enfin, de devenir un père. Et de transmettre ce qu'il a de plus cher. 

Bien que la mythologie soit omniprésente tout au long du roman, ne vous méprenez pas, Croire au merveilleux est un roman résolument moderne et riche. Christophe Ono-Dit-Biot traite de nombreux sujets intemporels tels que le deuil, la nécessaire reconstruction, les relations père-fils, sans oublier l'amour et nous propose, en écho, un jeu de piste mythologique. Monde ancien et monde moderne se mêlent et se répondent à merveille, tout comme le monde réel et celui de l'imaginaire ou encore celui de l'enfance et de l'adulte.

Croire au merveilleux est une invitation au voyage. Voyage dans le temps bien sûr, mais également voyage à travers le monde mais surtout la Méditerranée. Entre passé et futur, Christophe Ono-Dit-Biot nous embarque en Italie sur la côte amalfitaine, en Grèce sur les îles de la mer Égée, en passant par Majorque ou Paris pour finalement atterrir au Japon. Soleil et chaleur sont omniprésents, tout comme le sont les plaisirs gastronomiques, l'art, le design, les beaux livres.

Croire au merveilleux n'est pas qu'un simple roman, c'est plus que cela. C'est un conte. Un conte d'une richesse incroyable où un père endeuillé rencontre une Nana. Une Nana venue d'un autre temps qui nous rappelle étrangement Athéna. Aucun doute, si comme il le déclare à la fin de son roman, les professeurs de Christophe Ono-Dit-Biot ont su lui ouvrir les portes du monde antique et lui transmettre l'amour de la transmission, il a bien retenu la leçon. Il transmet à merveille. Pour l'avoir rencontré il y a quelques jours, il est absolument passionné et passionnant, tout en étant accessible. Un régal !

Belle lecture et tous mes remerciements à Babelio et aux Éditions Gallimard de m'avoir permis de découvrir et de rencontrer Christophe Ono-Dit-Biot, ce fut un merveilleux moment ! 

Comment ne pas y croire, hein ?! 

mardi 25 avril 2017

Mon avis sur "Charlotte" de David Foenkinos

Charlotte est l'hommage rendu par David Foenkinos à la jeune artiste plasticienne et peintre allemande d'origine juive, Charlotte Salomon. Charlotte, une tragédie familiale qui a reçu le Prix Renaudot et le Goncourt des lycéens en 2014.

Charlotte Salomon est née à Berlin le et morte à Auschwitz le 1943 à vingt-six ans alors qu'elle était enceinte. Charlotte retrace sa vie.
Après une enfance à Berlin marquée par une tragédie familiale, le suicide de sa tante qui se prénommait comme elle, puis celui de sa mère, Charlotte fait l'expérience de la haine et du rejet, de l'humiliation et de la violence. Progressivement, elle est exclue par les nazis de toutes les sphères de la société allemande. Dès lors, Charlotte se réfugie dans la peinture puis dans l'amour. L'Allemagne devenant de plus en plus dangereuse, son père et sa belle-mère l'envoient dans le sud de la France où elle sera, pensent-ils, en sécurité. C'est là qu'elle découvre quel mal agite sa lignée. Exilée, c'est là qu'elle dessine, peint, écrit jusqu'à l’obsession. Elle entreprend la composition d'une œuvre picturale autobiographique d'une modernité fascinante. Se sachant en danger, Charlotte confie ses dessins à son médecin en lui disant : "C'est toute ma vie." Charlotte finira par être livrée aux nazis, elle sera séparée de celui qui partageait sa vie. Déportée elle mourra à Auschwitz.

Charlotte est certes le portrait d'une artiste exceptionnelle au destin tragique, c'est surtout une femme qui semble avoir hanté David Foenkinos.  D'ailleurs, il affirme avoir eu beaucoup de mal à écrire ce roman. J'avoue l'avoir ressenti.
L'auteur était tellement oppressé, qu'il ressentait le besoin d'aller à la ligne à la fin de chaque phrase. 
Aller à la ligne pour respirer. 
Besoin de respirer pour justifier l'écriture de son roman en prose.
En voici une idée ! 

Certes, l'originalité est là, mais il m'a manqué un quelque chose. Je sais que ce roman a été primé, le  Renaudot et le Goncourt des lycéens, ce n'est pas rien, on est bien d'accord. Mais...
Mais cette femme a eu un destin exceptionnel, elle avait un génie hors du commun, j'aurai tant aimé que ce livre soit à la hauteur de cette artiste. 
Je sais que ne suis qu'une lectrice parmi tant d'autres, que je n'ai rien écrit, mais quand on a une telle matière entre les mains et que l'on n'arrive pas à en faire un chef-d’œuvre, je trouve cela dommage. Terriblement dommage !
Quel gâchis, un tel destin pour un roman sans consistance. Au Charlotte de David Foenkinos, je préfère et de loin, lire le roman graphique Vie ? ou théâtre ? retraçant l’œuvre de Charlotte Salomon.

Belle lecture !

lundi 17 avril 2017

Mon avis sur "Dompteur d'anges" de Claire Favan

Je viens de terminer le petit dernier de Claire Favan, Dompteur d'anges. Une fois de plus, l'auteure m'a complètement embarquée dans son univers noir et glaçant. Claire Favan nous emporte tellement que j'en viens à douter... Et si elle n'était pas cette mère de famille lambda qui se contente d'écrire sur son temps libre, si elle était une serial killer, un être machiavélique qui nous manipule à l'instar de ses personnages ?
 
Condamné pour un meurtre qu'il n'a pas commis, Max Ender a été jeté en pâture à ses codétenus par ceux-là mêmes censés assurer l'ordre et la discipline au sein de la prison. Lorsqu'il est enfin reconnu innocent et libéré, ce n'est plus le même homme. Il n'a désormais plus qu'une seule idée en tête : se venger de cette société qu'il hait par-dessus tout. Pour frapper ses bourreaux au coeur, il va enlever leurs enfants et, méthodiquement, au fil des ans, faire de ces petits anges des bêtes féroces avant de les envoyer punir ses tortionnaires à sa place. Tout se déroulera selon ses plans jusqu'à ce qu'une de ses créatures lui échappe et disparaisse dans la nature...
 
Une fois de plus, Claire Favan nous livre un thriller psychologique magistralement maîtrisé. Elle va nous démontrer comment un gentil garçon accusé à tort du meurtre du seul ami qu'il avait, va être confronté à la violence du milieu carcéral. Comment du statut de coupable, il arborera doublement celui de victime. Victime d'une erreur judiciaire puis victime de ses codétenus. Du statut de victime à celui de coupable, il n'y a qu'un pas. Un pas qu'il est possible de franchir indirectement, notamment en mettant en place un plan machiavélique pour se venger de toutes ces injustices subies. Une soif de vengeance qui sera étanchée grâce à des anges, des petits anges qui deviendront démoniaques.
 
Dompteur d'anges ne se lit pas, il se dévore. Il est complètement addictif parce qu'avant tout psychologique. L'auteure parvient même à brouiller nos repères. Loin de tout manichéisme, la frontière entre le bien et le mal fluctue au gré des pages. L'écriture est vive et aussi percutante qu'un uppercut. Les chapitres sont courts, rythmés, le tout est organisé en trois parties bien construites. Tout est réuni pour qu'une fois commencé, il devienne impossible de lâcher Dompteur d'anges. Un conseil, ne résistez pas !
 
Bonne lecture !
 

jeudi 13 avril 2017

Mon avis sur "Le murmure du vent" de Karen Viggers

Si vous aimez la nature, les grands espaces et que l'envie de voyager vous titille, un conseil, jetez-vous sur le dernier roman de Karen Viggers.  Le murmure du vent est du même acabit que le sublime La mémoire des embruns. Ce roman emporte, transporte.

Abby est biologiste et se destine à la recherche. Spécialiste des kangourous, elle doit terminer sa thèse. Pour ce faire, elle arpente seule la vallée des monts Brindabella et passe le plus clair de son temps à observer les marsupiaux et à noter des données destinées à alimenter les statistiques. Les kangourous ne cessent de proliférer, ce qui n'est pas sans conséquence sur l'écosystème surtout avec la sècheresse qui s'éternise. Cette problématique devient une vraie question sociétale. Pour sensibiliser l'opinion, le directeur de thèse d'Abby, un écologiste de renommée internationale, incite cette dernière à accorder une interview à un jeune journaliste en quête d'un article pouvant susciter la polémique.  Tombé sous le charme d'Abby, Cameron va tout faire pour la revoir. Abby n'en a cure. Elle est plus intéressée par Daphne, une vieille dame qui a passé sa jeunesse dans ces montagnes et vient régulièrement se ressourcer dans cette nature si chère à son cœur. Les deux femmes vont se lier d'une sincère amitié qui leur permettra peut-être de se libérer de leur passé pour accueillir sereinement l'avenir.

Je vous préviens de suite, si vous avez aimé La mémoire des embruns, vous allez adorer Le murmure du vent. Et oui, aucun doute, Karen Viggers sait captiver le lecteur. C'est tellement vrai, que l'on se surprend même à manifester un intérêt pour les kangourous. Quand on sait que par chez nous, les marsupiaux ne sautent pas les rues, cela relève de l'exploit ! Il faut bien reconnaître que l'auteure sait mettre en avant la nature, la faune, la flore, sans oublier les éléments. Côté personnages, ils sont toujours aussi bien travaillés. Ils sont attachants parce que vrais et humains. Deux femmes de générations différentes sont placées au cœur de l'histoire. Elles ont en commun la perte d'un être cher. Un fils et un homme pour l'une, une mère pour l'autre. Ensemble, elles tenteront enfin de se libérer du poids du vide que ces proches ont laissé.

Le murmure du vent est un roman à la fois dépaysant, qui nous embarque loin de notre quotidien mais qui nous offre également l'occasion d'en apprendre plus sur les marsupiaux et les Aborigènes d'Australie, ce peuple à la peau noire qui a été chassé de ses terres.

Il me reste à remercier chaleureusement la plateforme NetGalley sans oublier les Editions Les Escales de m'avoir permis de lire en avant-première ce magnifique roman. Merci à vous !

Belle lecture !

jeudi 6 avril 2017

Mon avis sur "Les oubliés du dimanche" de Valérie Perrin

Valérie Perrin est photographe et scénariste, Les oubliés du dimanche est son premier roman. Un roman choral intergénérationnel où l'humanité n'a pas été oubliée...
 
Justine, vingt et un ans, est orpheline de père et de mère. Elle a été élevée avec Jules, son cousin et presque frère par ses grands-parents à la suite du décès accidentel de leurs parents. Justine aime les personnes âgées, ces oubliés du dimanche. Elle est aide-soignante dans une maison de retraite dans un petit village de Bourgogne à Milly. Justine ne compte pas ses heures. Elle a toujours un petit mot gentil pour chacun des résidents, même pour les plus acariâtres. Elle aime prendre soin de ces corps cabossés, dorloter ces anciens, mais ce qu'elle aime par dessus tout, c'est les écouter égrener leurs souvenirs. Justine s'est prise d'affection pour Hélène, cette vieille dame de presque cinq fois son âge, qui a toujours rêvé d’apprendre à lire. Ces deux femmes se parlent, s'écoutent. Hélène raconte sa vie à Justine, son incapacité à apprendre à lire, sa rencontre avec Lucien son grand amour, puis celle avec Simon avant la Guerre, ses joies, ses souffrances, son interminable attente. Justine consigne tout ce que lui confie Hélène dans un carnet. Un carnet bleu tel un passage de témoin entre générations. Ainsi s'étirait la vie aux Hortensias jusqu’à l'arrivée d'un mystérieux « corbeau » qui viendra troubler cette douce quiétude. Une enquête sera ouverte. Cette enquête conduira Justine aux portes d'un terrible secret.
 
Les oubliés du dimanche est un roman choral où s'entremêle trois histoires différentes, toutes riches en personnages. Celle de Justine, d'Hélène et de la famille de Justine. Valérie Perrin signe un pre­mier roman empreint d'humanité, chargé d’émotions et d'une infinie tendresse. Elle aborde avec jus­tesse la vie en milieu rural loin de l'agitation des villes, la solitude des personnes âgées un peu trop vite oubliées de leurs familles alors même qu'elles ont tant à transmettre. Un joli plaidoyer pour nos anciens.

Quant à la plume de Valérie Perrin, elle est simple, fluide. Les oubliés du dimanche se lit facilement, les narrations des différentes époques s'enchaînent aisément. Un roman choral que je verrai bien adapté au cinéma. Après tout, Valérie Perrin a les contacts pour...

Belle lecture !
 

lundi 3 avril 2017

Mon avis sur "Article 353 du code pénal" de Tanguy Viel

Pour son septième roman, Tanguy Viel dissèque la psychologie de l'escroc et de sa proie. Dès le début, on connaît la fin. Ce que l'on ne sait pas, c'est pourquoi un homme sans histoire usé par une vie de labeur en est arrivé à commettre l'irréparable. Un réel polar psychosocial. Un conseil, ne vous jetez pas sur votre code pénal à la recherche de l'ancien article 353, vous ne comprendriez pas pourquoi Tanguy Viel y fait référence. Ouvrez plutôt votre code de procédure pénale, mais pas avant d'avoir lu la dernière page d'Article 353 du code pénal...
 
Martial Kermeur, cinquante ans, père, divorcé, ancien ouvrier spécialisé de l'arsenal, socialiste vient d'être arrêté par la police. Il a jeté à la mer le promoteur immobilier Antoine Lazenec. Au juge devant lequel il a été déféré, il retrace le cours des événements qui l'ont mené là : son divorce, la garde de son fils Erwan, son licenciement et puis surtout, les miroitants projets de Lazenec. Il faut dire que la tentation est grande d'investir toute sa prime de licenciement dans un bel appartement avec vue sur la mer. Encore faut-il qu'il soit construit...
 
Toute la force d'Article 353 du code pénal tient à sa construction. Un huis-clos entre un juge et un présumé coupable de crime, celui d'avoir commis un meurtre en jetant par dessus bord à neuf kilomètres des côtes brestoises un promoteur immobilier. C'est dans le bureau du juge et sans effets de manche, que Martial Kermeur va, avec beaucoup d'humanité et de sincérité, peu à peu dérouler sa vie, raconter sa rencontre avec Lazenec et son cheminement le faisant passer du statut de victime, à celui de coupable.

La force de l'écriture de Tanguy Viel restitue parfaitement la tension entre les deux hommes. L'un est d'une froideur absolue, taiseux, l'oreille dressée, ne cherchant qu'à établir la vérité, ne posant que quelques questions comme pour mieux faire parler l'autre. Cet autre justement, cet homme paumé qui se livre sans filtre avec la sincérité de l'homme juste que la vie n'a pas épargné, cet homme honteux d'avoir cédé à la tentation pour finalement se rendre compte qu'il s'est fait abuser au point de tout perdre, non pas le matériel car Kermeur n'a pas ce genre d'attache, perdre ce qu'il a de plus précieux, son Erwan.

Article 353 du code pénal de Tanguy Viel est un roman magistral et d'une puissance absolue, un roman digne du fabuleux film de  Sidney Lumet, Douze hommes en colère. Un conseil, lisez-le.

Belle lecture !
 

vendredi 31 mars 2017

Mon avis sur "Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n'en as qu'une" de Raphaëlle Giordano

Depuis plusieurs mois, Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n'en as qu'une caracole en tête des ventes. Présenté comme le premier roman de Raphaëlle Giordano, paré d'une couverture un poil désuet qui me faisait penser à Woody Allen, ma curiosité l'a emporté et j'ai voulu savoir si j'avais une ou deux vies.

Au cours d'un déplacement professionnel, Camille est en rase campagne lorsqu'un pneu de sa voiture éclate, la routine quoi. Enfin presque... Cette panne va être l'occasion pour elle de rencontrer un homme pas ordinaire, un routinologue. Oui un docteur de la routine. Jusqu'à ce jour, Camille était heureuse sans plus. Certes, son travail commençait à l'ennuyer, son couple à battre de l'aile et son fiston à lui taper de plus en plus sur les nerfs, mais Camille n'était ni vraiment heureuse, ni vraiment malheureuse. Sans se l'avouer, elle était à un tournant critique de sa vie. Elle ne le sait pas encore, mais cette rencontre s'avérera décisive. 

Si Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n'en as qu'une débute comme un roman, ce livre est loin d'en être un. Il faut savoir que son auteure a surtout écrit des livres sur développement personnel, et c'est bien de cela qu'il s'agit. Un livre-fiction sur la thématique du bien-être, une gentille fable qui peut faire du bien à tous ceux qui sont empêtrés dans leur routine, qui subissent leur vie plus qu'ils ne la vivent, qui sont en quête de bonheur mais qui ne savent pas le cultiver.

Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n'en as qu'une plaira certainement à ceux qui ont besoin d'être coaché pour adopter une attitude positive, il plaira moins à ceux qui aiment la littérature et s'attendent à découvrir un bon roman. Inutile de préciser que j'appartiens à la deuxième catégorie. Quant à la maîtrise de mon mental, je préfère une bonne séance de yoga à la lecture d'un roman qui n'en est pas un. Mais quand comprendrais-je qu'un livre qui caracole en tête des ventes n'est pas synonyme de bonheur ?

Belle lecture !