mardi 12 septembre 2017

Mon avis sur "Toutes les familles heureuses" de Hervé Le Tellier

Le dernier chapitre du roman d'Hervé Le Tellier s'ouvre avec cette citation de Tolstoï extraite d'Anna Karénine "Toutes les familles heureuses se ressemblent ; chaque famille malheureuse l'est à sa façon."  C'est bien connu, la famille peut être une vraie plaie, mais que ferait-on sans elle ? L'auteur l'affirme, il n'a jamais rêvé d'une autre famille, même si de manière confuse, il sentait que quelque chose n'allait pas. Sa famille était très particulière...
 
Hervé Le Tellier déclare n'avoir pas été un enfant malheureux, ni privé, ni battu, ni abusé. Mais très jeune, il a compris que quelque chose n'allait pas, très tôt il a voulu partir, et d'ailleurs très tôt il est parti. Son père, son beau-père sont morts, sa mère est folle. Par conséquent, ils ne liront jamais Toutes les familles heureuses, ce livre qui évoque cette bien étrange famille. L'auteur tire d'abord le portrait de ses proches. Celui du beau-père, du grand-père, de la mère qu'il nomme par son prénom, de sa tante puis du père, Genitor. S'ensuit l'évocation des principales étapes de sa vie qu'il illustre de situations concrètes aussi farfelues que croustillantes. Les pages de  Toutes les familles heureuses se tournent et pas l'ombre d'une once d'amour. De la jalousie, de la folie, ça oui, il y en a, mais de l'amour, pas vraiment. Dans sa famille, l'amour ne va pas de soi.

Toutes les familles heureuses est un roman autobiographique. Parce qu'il ne sera jamais lu des siens, Hervé Le Tellier s'est autorisé à  raconter sa famille sans colère et la décrire sans se plaindre. Il affirme même vouloir en faire rire, sans regrets.

Dès la première phrase, la première page, sa plume acérée et son style narratif nous transporte au cœur de cette cellule familiale si singulière. Il égraine son arbre généalogique, évoque sans aucune complaisance un à un les siens. Le ton est tantôt caustique, tantôt pudique comme pour y mettre de la distance et jeter pudiquement un voile sur ses sentiments. Hervé Le Tellier n'est jamais larmoyant, il est factuel, même lorsqu'il illustre les différentes étapes de sa vie. Pourtant, certaines situations sont psychologiquement insupportables et particulièrement violentes.

Toutes les familles heureuses n'est pas sans rappeler le fabuleux Profession du père de Sorj Chalandon. Ces deux romans évoquent la folie d'un parent que l'enfant subit sans s'en rendre compte. Les deux auteurs se sont autorisés à l'évoquer, à l'écrire qu'une fois la certitude acquise que leurs parents ne pourront jamais voir leur folie défiler entre les pages. J'avais aimé le roman de Sorj Chalandon, j'aime tout autant celui d'Hervé Le Tellier. Un conseil, lisez-le !


Ah la famille, quelle plaie quand même !

Impossible de publier cette dernière chronique en tant qu'explolectrice sans parler de cette famille que j'ai intégré, le temps d'un été, la famille des Explorateurs de la rentrée littéraire 2017. Je renouvelle tous mes sincères remerciements à Lecteurs.com et surtout à Karine Papillaud et Dominique Sudre, vous avez été de vraies mères pour nous ! 

Belle lecture !